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Vivre ensemble

La lutte des gardiens de prison, pour les salaires et contre les détenus

Le mouvement de blocage des prisons est le plus long depuis 25 ans. La surpopulation favorise les violences entraînant difficultés pour les surveillants et perturbant des réinsertions déjà bien compliquées.

Les prisons, oubliées des politiques publiques

Le milieu carcéral est rarement au centre des attentions. Il est vrai qu’il est plutôt invité de s’en tenir loin et de ne pas y finir. Pourtant  près de 70 000 personnes y sont détenues pour un peu plus de 59 000 places. Plusieurs milliers y travaillent également quotidiennement.

L’intérêt pour les détenus est faible, condamnés à une peine de prison, ils sont également tenus à l’écart de la société. Les téléphones y sont interdits. Il est entendu et attendu qu’ils se fassent oublier. La mobilisation depuis plusieurs jours des surveillants vient finalement casser ce code social de l’univers carcéral.

Ce rappel qu’il existe des prisons en France, des gens qui y travaillent et que les moyens ne sont pas à la hauteur de la tâche qui leur incombent, le gouvernement ne semble pas pressé de l’entendre au vu de l’enlisement du conflit qui est désormais le plus long depuis 25 ans.

Des conditions de travail lamentables

Les revendications souvent résumées à des demandes sécuritaires sont en réalité nettement plus portées sur les effectifs et la rémunération. En sous-effectif chronique dans des établissements surpeuplés, les surveillants sont souvent seuls face aux détenus. Ces situations provoquent un stress accru et un malaise général qui conduit à des arrêts de travail voir des suicides. La violence est également accrue et les agressions sont régulières et souvent minimisées par les directions.

Ce sous-effectif se ressent également sur la vie familiale, beaucoup dénoncent le fait d’être régulièrement rappelés les week-end pour remplacer un collègue absent.

Les demandes de recrutements figurent ainsi au premier plan des revendications des syndicats de gardiens de prison. Les conditions salariales sont également au centre de leurs demandes.  La CGT pénitentiaire (minoritaire) a ainsi réagi aux propositions de la ministre :

“L’enveloppe globale de 30 M€ au total, voilà ce que vaut la vie d’un surveillant pénitentiaire !

C’est scandaleux ! L’invention d’une prime de sécurité pour quelques uns est inouïe, d’autant qu’elle s’apparente à une « prime à l’agression » puisqu’elle sera attribuée dans certains sites difficiles comme solde de tout compte en contrepartie de la dangerosité supposée d’un établissement.”

La sécurité mise à mal par la surpopulation carcérale

Les questions de sécurité occupent cependant une bonne part des discussions et les demandes des agents se font logiquement dans une démarche d’opposition aux détenus. On observe également la même tendance que chez les agents de police à des demandes d’armements supplémentaires ainsi que les formations qui vont avec. Les surveillants sont parfois chargés d’escortes.

Certaines demandes sont toutefois problématiques et ne doivent pas avoir rencontré d’issus favorables. Ainsi la suppression de l’article 57 de loi pénitentiaire est une revendication de la CGT comme de l’UFAP, syndicat majoritaire rattaché à l’UNSA. Cet article restreint l’usage des fouilles intégrales et plus fortement encore “les investigations corporelles”. Ces dernières pratiquées systématiquement dans certains pays sont assimilées à des viols par les organisations de défense des droits de l’Homme.

Cette opposition logique entre gardiens de prison et détenus est accentuée par la suroccupation des lieux de détention et les mauvaises conditions de travail. La réforme de la justice telle qu’initialement pensée par Christiane Taubira aurait largement permis de réduire la population carcérale. Le gouvernement avait à l’époque reculé face aux réactionnaires sans pour autant allouer les moyens nécessaires à sa politique d’enfermement.

Les détenus premières victimes de la surdité du gouvernement

Le mouvement observé aujourd’hui vient finalement de la contradiction entre une incapacité des gouvernements successifs à dépasser le tout carcéral tout en menant des politiques d’austérité. La réponse a minima formulée par la ministre de la justice l’illustre bien.

La situation est encore davantage compliquée par le statut des surveillants qui ne leur permet de faire grève. Le choix du gouvernement de demander la prise de sanctions à l’égard des grévistes a accentué leur colère. Les méthodes utilisées par les surveillants dans leur mobilisation ne sont pas non plus sans poser problème.

Les blocages ont conduit à l’annulation de nombreuses visites, hors ces temps sont nécessaires pour les détenus à la fois dans l’acceptation de leur détention mais aussi dans la perspective de leur réinsertion. Dans les cas les plus extrêmes, les détenus se trouvent interdits de ballade, voire même de douches, du fait de la grève des gardiens. Des situations difficiles et inadmisibles.

Le fonctionnement des “cantines” qui permettent aux détenus de faire l’acquisition de nourriture, d’objet de confort et d’hygiène est également perturbé. Quelques cas de coupures volontaires d’électricité, plongeant les détenus dans le noir ont également été rapportés.

Le gouvernement doit désormais trouver une sortie de crise rapide, rompant avec les choix d’austérité et du tout carcéral des précédentes majorités.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde