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Vivre ensemble

L. arrêté le premier mai à Paris pour un bandana

Le défilé du premier mai à Paris a été marqué par un déploiement policier impressionnant et une répression incroyable. Les dispositions de la loi “anticasseur” ont été mises en pratique confirmant les critiques qui lui était faite.

Arrêté avant même de pouvoir rejoindre le cortège

L. est militant chez les jeunes communistes de Paris. Les manifestations dans la capitale, il les connaît et en a fait un certain nombre. Pour le premier mai, il n’avait pas rejoint ses camarades, mais fait le choix de défiler avec son père et des amis de ce dernier. Arrivés vers 14 h 30 sur le boulevard du Montparnasse, ils sont contraints de reculer rue du Montparnasse face à l’épais nuage de gaz lacrymogène qui recouvre le lieu de départ de la manifestation.

L. habitué des manifestations se protège alors les voies respiratoires d’un bandana rouge. Les policiers forment un cordon pour isoler le cortège, avant de finalement le rouvrir laissant passer les manifestants. Au niveau de l’angle entre la rue du Montparnasse et le boulevard Montparnasse, L. est interpellé par un autre manifestant qui lui indique de se découvrir le visage toujours partiellement masqué par le bandana. Il n’aura pas le temps de le faire qu’un policier l’attrape par l’épaule, le passe derrière le cordon et le met au sol.

Son père n’a pas le temps d’intervenir et voit son fils disparaître rapidement dans un fourgon de police, direction la garde à vue. En plus du bandana, la police trouve au cours de sa fouille un petit opinel oublié dans une poche intérieure de sa veste.

24 h de garde à vue

Sur place, il est placé dans une cellule individuelle qu’il devra partager pendant plusieurs heures des 24 h qu’il y a passera. Ses empreintes sont prélevées tout comme son ADN. Son code de déverrouillage de son téléphone lui est également demandé, une information qu’il donne sans savoir qu’il est en droit de le refuser. Les policiers y trouveront notamment des messages internes aux jeunes communistes de Paris et tenteront de s’en servir pour accusé L. d’appartenir à un “groupement pour commettre des dégradations et des violences”.

Pendant ce temps, son père paniqué, finit par trouver les contacts d’une avocate habituée à s’occuper des arrestations en manifestation. Il la voit entre 22 h et 23 h 30. Trois accusations lui sont portées. Avoir dissimulé son visage, avoir porté une arme et avoir participé à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences. La dernière accusation est fantaisiste et la police le sait. Ceux qui viennent affronter les forces de l’ordre ou les abris bus dans les cortèges ne passent pas négligemment masqués au milieu des policiers. Si L. a le visage recouvert par un bandana noir, il porte une casquette rouge et un pull rouge, loin de l’uniforme classique du manifestant turbulent.

Sur les deux autres accusations, c’est l’absurdité des lois qui est en cause. L’interdiction de se masquer le visage (qui ne concerne d’ailleurs pas les policiers de plus souvent cagoulés pendant les opérations de maintien de l’ordre) vient finalement sanctionner tous ceux qui se protègent des gaz lacrymogènes. Ces derniers ont été massivement utilisés contre les manifestants lors du premier mai, puisque même le carré de tête en a été aspergé. Sur le couteau, il semble difficile de reconnaître la moindre dangerosité à un petit opinel.

Une comparution immédiate et un rappel à la loi

Après une nuit en cellule, L. est menotté pour être emmené en comparution immédiate. Son avocate le rate de peu avant qu’il soit conduit directement au dépôt et il ne la verra pas avant l’audience. De l’audience, il ne comprend pas grande chose, si ce n’est qu’on lui demande de “signer des papiers”. Le juge ne semble pas convaincu par les arguments des policiers, il ne sanctionne L. que d’un rappel à la loi.

Pour L., le premier mai, ce fut cinq minutes de manifestations pour 24 h de garde à vue. Une première expérience carcérale et une condamnation pour avoir finalement pêché par innocence et ne pas avoir cherché à éviter les forces de l’ordre. Une nuit en prison pour avoir cherché à se protéger de gaz lacrymogènes utilisés massivement et aveuglément contre le défilé du premier mai.

Le premier mai, le ministère de l’Intérieur indiquait que 330 interpellations et 315 garde à vue avaient eu lieu. Combien ont été arrêté pour dissimulation du visage ? Ce délit créé par la loi “anticasseur” semble servir exactement à ce qui lui était reproché, harcelé judiciairement les manifestants quel que soit leur rôle dans les violences éventuelles. Cette criminalisation du mouvement social s’inscrit dans une dérive plus large et inquiétante, les accusations mensongères du ministre de l’Intérieur d’une attaque contre un hôpital en fait parti. Parallèlement, les violences policières se multiplient sur cette dénonciation permanente des manifestants, le matraquage d’un étudiant dans sa cité U en est un nouvel exemple.

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Collectif de rédaction d'Avant Garde