Don’t look up, miroir glaçant et burlesque

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CULTURE

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Don’t Look Up d’Adam McKay, sorti cet hiver, est une comédie politique ambitieuse et réellement subversive. 

Un scénario d’apparence classique, qu’on pourrait dire déjà-vu pour celles et ceux qui se souviennent du film Armageddon (1998). Les astronomes Randall Mindy (Léonardo DiCaprio) et Kate Dibiasky (Jennifer Lawrence) découvrent une comète de la taille du Mont Everest se dirigeant vers la terre. Après de multiples vérifications, cette comète est bien une tueuse de planète qui éradiquera toute vie sur terre. Nous suivons ces deux astronomes dans leur quête pour sauver la Terre. 

Et pourtant, pendant les premières 20 minutes du film, nous comprenons que le danger n’est pas vraiment la comète ou du moins, que le danger se situe aussi en amont. 

La question des capacités techniques de l’arrêter n’est pas vraiment posée par le film, on sait très rapidement que c’est possible de le faire. Pour autant, et malgré l’évidence de la catastrophe fatale qui attend l’humanité, nous découvrons avec stupeur et effarement que le danger se situe dans l’absence de volonté politique de le faire. Nous allons en découvrir les multiples causes tout au long du film. 

Allégorie

Nous trouvons rapidement dans le film ce sentiment dérangeant d’être plongés dans le monde réel, alors que l’humanité affronte une catastrophe climatique d’ailleurs brièvement évoquée dans le film. Cette allégorie de l’humanité face au réchauffement climatique nous présente de façon pertinente et réaliste les multiples obstacles auxquels doit se confronter la société entière pour sa survie. 

Diabiasky et Mindy vont découvrir lors d’un passage télévisé l’antagonisme entre le sujet qu’ils viennent évoquer et les priorités que se donne le monde des médias de masse, passant en quelques minutes d’un sujet de presse people à de l’annonce de fin du monde imminente. On se rend compte que personne n’y prête attention car l’information est mal traitée par les médias dominants. La parole scientifique se retrouve également maltraitée dans les cercles conspirationnistes, avec des avalanches de fake news, conférant au misogynisme concernant l’astronome Kate Dibiasky comparée à une folle. 

Du côté politique, une femme présidente des Etats-unis, version féminine de Donald Trump est interprêté par Meryl Streep. Au regard des circonstances électorales, cette présidente accordera tout au long du film plus ou moins de crédits aux conclusions scientifiques. Au départ, en tirant un profit politique maximum, elle se laissera totalement dépossédée des décisions politiques par un PDG d’une grande compagnie, mélange de Jeff Bezos et d’Elon Musk. Ce personnage, qui présente un moyen de pouvoir tirer profit de la comète et d’en exploiter les ressources, constitue la critique la plus évidente du capitalisme. Le cynisme maximum face à la course aux profits nous rappelle une fois de plus la situation que nous vivons : les profits à court terme contre le bien-être universel à long terme. 

En opposition, on nous montre un peuple manipulé et qui finit par prendre conscience de la réalité au fur et à mesure du film. Mais complètement dépossédé des décisions politiques et n’ayant aucune prise sur son avenir face aux puissances de l’argent, alors que Dibiasky et Mindy parviennent toutefois à mobiliser les foules. 

L’argent roi

Présenté ainsi, ce film qui se veut une comédie n’en a pas l’air. Mais il s’agit bien d’un film comique qui peut parfois prêter à rire tant les réactions et les ordres de priorités confèrent à l’absurde. 

Puis très rapidement, le spectateur conscient de ce qu’il se passe trouvera ce film saisissant et terrifiant à la fois. Si le film fait plutôt l’impasse sur la portée réelle des mouvements sociaux et de la communauté internationale sur la décision d’éradiquer le danger, il illustre surtout que là où la bourgeoisie trouve une solution de survie en tant que classe, elle sacrifiera toujours le reste sur l’autel du profit. 

Alors comment aborder le réchauffement climatique ? Lorsque le PDG Isherwell, joué par Mark Rylance, nous montre le déballage de technologies et d’innovations mises en œuvre pour tenter d’exploiter les ressources que contiennent la comète, il faut y voir une fois de plus une allégorie. Cela nous montre que les ressources technologiques pour faire face au danger du réchauffement climatique ne manquent pas mais qu’il est primordial d’en prendre la possession collectivement et pour le bien commun. L’innovation technologique ne doit pas être l’apanage de quelques firmes. 

La crise sanitaire nous l’a également démontrée. Alors que des firmes pharmaceutiques privées ont bénéficié de millions d’euros issus de la recherche publique, ces firmes continuent de maintenir les brevets sur les vaccins. Cette situation provoque l’émergence de variants à travers le monde et ne permet pas à toute la communauté scientifique internationale de pouvoir travailler sur un vaccin. 

En bref, ce film illustre à merveille la difficulté qui se cache derrière les diverses catastrophes que l’humanité doit et aura à affronter. Et si le plus difficile n’était pas de trouver les moyens de la stopper mais bien de trouver la volonté politique de le faire?