Droit à l’IVG : les États-Unis reviennent 50 ans en arrière, la France hésite à avancer

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Ce n’était pas une surprise, mais la décision de la Cour suprême des États-Unis n’en est pas moins un choc pour les femmes. 

Vendredi 24 juin, les 9 juges de la plus puissante instance judiciaire du pays sont revenus sur l’arrêt Roe v. Wade, qui garantissait l’avortement comme un droit fédéral, c’est-à-dire applicable à l’ensemble des États composant les États-Unis. En nommant 3 nouveaux juges réactionnaires durant son mandat, Donald Trump aura offert une sorte de cadeau empoisonné à retardement, car c’est le nouvel équilibre dans la Cour suprême qui a permis cette régression historique. 

Désormais, chaque État sera libre de légiférer sur le droit à l’avortement, laissant ainsi la possibilité aux États les plus réactionnaires d’en finir avec ce droit conquis de haute lutte par les Étasuniennes. Certains comme le Missouri se sont immédiatement engouffrés dans la brèche et ont déclaré l’IVG illégale dès le lendemain de l’annonce. Plus d’une dizaine devraient suivre, comme le Mississippi, le Nebraska ou le Texas, les États dans lesquels il était déjà de fait quasi impossible de pratiquer l’avortement, en raison des nombreuses entraves opposées aux femmes : absence de cliniques, déremboursements… 

Mais l’onde de choc d’une telle annonce a largement dépassé les frontières des États-Unis, tant cette décision vient rappeler à quels points les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis. Les Finkielkraut et autres réactionnaires qui ne cessent de clamer que le combat pour les droits des femmes n’est plus d’actualité peuvent aller se rhabiller : la lutte féministe reste plus que jamais nécessaire, et l’actualité outre atlantique vient de nous le rappeler de la plus terrible des manières. 

Constitutionnaliser l’IVG

Rappelons qu’en France, le Rassemblement national a fait rentrer 89 députés à l’Assemblée nationale. Parmi eux, Marine Lepen, qui déclarait encore il y a quelques années vouloir en finir avec les avortements « de confort », ou encore Caroline Parmentier et Hervé de Lépinau, connus pour leurs positions et engagements « pro-vie », entendez par là antiavortement. 

C’est la raison de l’initiative parlementaire mise en place par l’intergroupe des députés de la Nouvelle union populaire écologiste et sociale (NUPES), qui propose d’inscrire dans la constitution le droit à l’IVG, afin de prévenir d’éventuelles velléités de remise en cause. Opposée à cette idée durant la dernière législature, la majorité présidentielle a fini par se rallier, et a annoncé soutenir cette proposition. 

Pourtant, le combat parlementaire est loin d’être gagné. Rappelons que pour modifier la constitution, les ⅗ du parlement (Assemblée nationale ET Sénat) doivent approuver la proposition de loi. Et déjà à droite, les hésitations se font sentir, d’un François Bayrou estimant que cela n’est « pas nécessaire » au groupe « Les Républicains » qui risque de se retrouver bien embarrassé pour soutenir — ou s’opposer à — un tel texte. 

Nul doute alors que le combat ne s’arrêtera pas aux portes du débat parlementaire, et qu’une irruption citoyenne des femmes et des hommes de tous les pays sera nécessaire pour imposer cette victoire essentielle aujourd’hui.