Edito : Paradise paper, la bourgeoisie est immorale et c’est normal

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Paradise paper, derrière ces deux mots anglais, il ne faut pas espérer les consignes d’accès à un éventuel au-delà idyllique. Il faut y voir la suite des révélations plus ou moins fracassantes qui ont accompagné les importantes fuites de documents, plus ou moins secrets, devenues quasi habituelles.

Le terme “leak” qui signifie fuite a été pour la seconde fois délaissé au profit du terme “papers”, qui signifie papier. Donc après les panama papers qui avait révélé un certain nombres d’activités illégales transitant par le Panama, voici les paradise papers, le terme “paradise” faisant référence aux paradis fiscaux.

Aucune activité illégale n’est révélée. Les “papiers” sont issus de notes internes de deux cabinets d’avocats spécialistes dans l’établissement de montages dits “offshore”, (comprendre au-delà des côtes, la majorité des paradis fiscaux étant de petits Etats insulaires) et des registres des sociétés de 19 paradis fiscaux.

De toute façon l’ICIJ, International Consortium of Investigative Journalists (consortium international des journalistes d’investigations), s’engage à ne jamais fournir les documents aux autorités qui les demanderaient. Le consortium est en partenariat avec 96 médias présents dans 67 pays, pour la France seul Le Monde est partie prenante. Le journal du soir a déjà annoncé que les révélations seraient égrenées tout au long de la semaine, le plan com’ primant sur les révélations.

Les révélations n’ont rien de très fracassantes pour le moment,  si ce n’est qu’elles illustrent l’usage quasi-généralisé des paradis fiscaux par toutes les plus grandes fortunes et les plus grands groupes mondiaux. Pour Le Monde, ces révélations sont l’occasion de démontrer le danger que représente ce fonctionnement pour “la démocratie”. Ces stratégies d’optimisation fiscale viendraient saper “le ciment friable” de nos démocraties qu’est “la confiance”.

C’est beau. C’est beau mais c’est finalement à côté de la plaque. Il est absurde de demander aux salariés exploités d’avoir confiance dans l’honnêteté fiscale de son employeur/exploiteur pour cimenter nos démocraties. Le Monde note bien pourtant que les paradis fiscaux ne sont pas une zone d’ombre mais le revers du fonctionnement capitaliste de l’économie. Il refuse pourtant d’en tirer la conclusion logique.

Le journal de référence note pourtant que le gouvernement actuel a privilégié la suppression de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune plutôt que la lutte contre l’évasion fiscale. Il ne cherche à aucun moment de quelle exploitation du travail proviennent ces milliards.

Avant de profiter des failles des lois fiscales, l’argent placé dans les paradis fiscaux c’est celui des profits. Les profits faits sur les bas salaires, sur les exonérations de cotisations sociales, sur les primes disparues lors de futurs accords d’entreprises. Pourtant c’est la même classe qui a obtenu la casse du droit du travail que celle qui fuit l’impôt.

Il faudrait donc arriver avec ces gens à une confiance pour cimenter notre démocratie ?

Non seulement “nos démocraties” s’accommodent extrêmement bien de ce système qui finalement n’existe que par la volonté des Etats de le laisser perdurer. Si ces montages ne sont pas illégaux, c’est bien que les lois les permettent. D’autre part, ceux qui en profitent seront les premiers à  trahir “la démocratie” le jour où elle ne servira plus leurs intérêts.