Jean-Michel Blanquer en retard pour la rentrée

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En cette rentrée des classes lundi 3 janvier, le brouhaha des couloirs à nouveau remplis d’élèves contrastait avec le mutisme du gouvernement durant les deux semaines de congés sur la riposte de l’école face à la cinquième vague de Covid-19. 

Il aura fallu aux professeurs, parents d’élèves et élèves suivre attentivement les réseaux sociaux de Jean-Michel Blanquer pour voir apparaître dimanche, veille de rentrée, le protocole sanitaire. 

Un protocole relevant au mieux de l’impréparation, au pire de l’absurde.  

Un protocole pensé seul et sans préparation

Lors des annonces du 27 décembre, le gouvernement avait balayé d’un revers de la main la question de l’école. Le ministre s’était contenté de répéter tel un mantra depuis des mois que les écoles resteraient ouvertes, rejetant avant même de l’étudier la possibilité de décaler la rentrée. 

Il aura fallu attendre le jeudi 30 décembre, soit 3 jours avant la rentrée pour que Jean-Michel Blanquer daigne bien recevoir les organisations syndicales pour une réunion de travail, réunion à laquelle aucun protocole n’a été présenté. 

Le ministère avait pourtant 2 semaines de vacances pour organiser une concertation qui lui aurait permis de construire un protocole qui réponde réellement aux demandes des acteurs de terrains. 

Il semblerait que Jean-Michel Blanquer n’ait pas trouvé le temps entre la dinde de Noël et la l’achat des cotillons pour le Nouvel an de prendre connaissance de ces demandes, ce qui a donné lieu à un protocole de dernière minute, bricolé dans l’unique but de maintenir les écoles ouvertes “quoi qu’il en coûte”. 

Des contradictions qui confinent à l’absurde

Alors que la France n’a jamais connu autant de cas de Covid-19 et que le ministère lui-même a cessé de faire croire qu’on ne se contaminait pas dans les écoles, le gouvernement a fait le choix d’un protocole allégé, provoquant l’incompréhension et la colère de tout le corps enseignant. 

Après avoir fait passer le nombre de cas pour fermer une classe de 1 à 3 élèves au début de la cinquième vague, celui-ci a choisi de supprimer purement la possibilité de fermer une classe. En parallèle dans les écoles primaires, l’isolement des cas contacts a été retiré du protocole, remplacé par des tests à réaliser par les familles. 

Résumons : une classe où 6 élèves sont positifs en même temps n’est pas considérée comme un cluster, et les élèves ayant fréquenté les élèves contaminés peuvent rester dans leur classe. 

La levée de la période d’isolement pour les cas contacts s’appliquera aussi pour les professeurs et élèves de collèges et lycées en cas de schéma vaccinal complet, et cela malgré la possibilité d’être contaminé malgré le vaccin. 

Il aura fallu aux professeurs vérifier à maintes reprises que ce protocole n’émanait pas d’un site parodique pour y croire réellement : alors que les cas explosent, le gouvernement simplifie la possibilité pour les élèves contaminés et cas contacts de se rendre dans leurs établissements. 

Ce choix n’a en réalité rien d’une blague, et révèle les failles d’un ministre incapable de penser plus loin que son sacro-saint dogme de l’école ouverte. 

Ecole ouverte 

Aucun acteur du système éducatif ne plaide actuellement pour un confinement et une fermeture des écoles. En s’affirmant comme le porte-étendard d’un combat contre la fermeture des établissements et pour les écoles ouvertes, le soldat Jean-Michel Blanquer est en réalité un Don Quichotte se battant contre des ennemis invisibles. 

Le maintien des écoles ouvertes est une belle ambition tant on a vu les dégâts causés par la fermeture des établissements lors des précédentes vagues. Mais cette ambition ne peut pas être une réponse à tout comme le fait actuellement le ministère. 

C’est justement l’ambition d’une école ouverte qui aurait dû conduire Jean-Michel Blanquer à répondre aux demandes des organisations syndicales. Maintenir les écoles ouvertes pour de bon, en dotant tous les établissements en masques FFP2 pour les élèves et les enseignants ainsi qu’en fournissant des capteurs de CO2 sur tout le territoire. La mise en place d’une véritable politique de test massive et régulière sur tout le territoire constituait aussi une demande forte. Les syndicats ont aussi alerté sur la nécessité de faire appel aux listes complémentaires des concours de l’enseignement pour recruter des remplaçants, dans un contexte de quasi-pénurie qui risque de s’amplifier dans les jours à venir. 

Avec au contraire un protocole allégé, le rêve de l’école ouverte de Jean-Michel Blanquer risque de tourner au cauchemar.

En deux jours de rentrée, les taux d’absences des élèves constatés sur le terrain sont très élevés. Il en est de même pour les professeurs non remplacés. Pour les élèves, ce sont alors autant de cours qui sautent ou d’impossibilité de réellement suivre des cours à distance pour les contaminés. 

A l’impréparation et à l’absurde d’un tel protocole sanitaire s’ajoute alors l’indécence d’un Jean-Michel Blanquer, en perpétuelle autosatisfaction d’avoir maintenu les “écoles ouvertes”. Quoi qu’il en coûte, pour la santé des personnels et des élèves.