Jobs d’été : des vacances au travail pour les étudiants 

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Jobs d’été : des vacances au travail pour les étudiants 

Les vacances d’été ne sont pas synonymes de repos pour tout le monde. De nombreux étudiant.e.s doivent travailler afin de subvenir à leurs besoins pendant l’année scolaire. 

Une nécessité de travailler durant l’été 

Depuis 3 ans, Margot travaille au supermarché de sa commune durant l’été. Elle compte les heures et le salaire. Étudiante en histoire, elle a besoin de ce revenu pour compléter sa bourse et ses aides au logement. “Entre la nourriture et le loyer, je n’ai déjà pas assez d’aides pour tout payer. Alors si je veux prendre un billet de train pour rentrer chez moi le week-end ou avoir du chauffage cet hiver, je n’ai pas d’autre choix que de travailler cet été.”.  

D’après une étude de l’UNEF parue le 14 août dernier, le coût de la vie étudiante augmente de 6,47 % pour l’année 2023-2024, soit près de 50 euros en plus par mois. Que ce soit pour se nourrir, se déplacer ou se chauffer, les prix ont explosé, et les jobs d’été deviennent une nécessité pour les étudiant.e.s.

Depuis plusieurs années, on estime que plus de la moitié des jeunes entre 16 et 25 ans travaillent durant l’été. Près de 70 % des étudiants travaillent en juillet et en août. 

Et si le manque de main-d’œuvre est souvent déplorée dans de nombreux secteurs comme le tourisme ou la restauration, les étudiants, eux, peinent à trouver un emploi. En 2021, 18 % des jeunes qui souhaitaient travailler n’ont pas trouvé de jobs saisonniers se retrouvant confrontés à des patrons prétextant un manque de formation ou des offres d’embauche dépassant les vacances et débordant sur le temps universitaire. 

Les jobs d’été sont une nécessité pour beaucoup d’étudiant.e.s qui n’ont alors pas toujours la possibilité de partir en vacances pour décompresser de l’année scolaire qui vient de s’écouler. 

Des jobs souvent précaires 

Brieuc, étudiant en LEA, est agent polyvalent pour une brasserie pendant ses deux mois d’été. Il alterne entre livreur de fûts et agent d’entretien des machines. “Les conditions de travail sont aussi bonnes que pour n’importe quel travail de manutention, dit-il, non sans ironie. On te file une paire de bottes de sécu pour soulever des fûts de 30 ou 45 kg et des tireuses de 90 kg. On te bazarde dans un fourgon en surcharge et on te souhaite “bonne chance” !”. 

La nécessité de trouver du travail pousse parfois les étudiants à accepter des emplois précaires. Des semaines de 48 heures et des travaux particulièrement pénibles s’ajoutent au salaire de misère récolté à la clé. 

Jeunesse, manque de formation et nécessité d’un emploi font le cocktail parfait pour se retrouver à faire les travaux les plus laborieux. 

Profitant du fait qu’ils soient en “vacances” et “n’aient par conséquent pas d’impératifs”, les patrons n’hésitent pas à faire travailler les étudiants jusqu’à la durée maximale de temps de travail hebdomadaire.

Une remise en cause du droit aux vacances 

Oriane s’estime heureuse. L’étudiante en biologie a réussi à trouver un emploi d’un mois en laboratoire pharmaceutique, ce qui sera un plus pour son CV. Mais ce mois payé au Smic ne sera pas suffisant pour compléter sa bourse, trop juste pour le coût réel de ses études. “J’ai fait le choix de ne pas travailler au cours de l’année pour ne me concentrer que sur mes études, mais au mois d’août, je retournerai à l’usine.”. 

Face à l’inflation et aux salaires dépassant rarement le Smic, les étudiants n’ont trouvé qu’une solution : travailler plus longtemps. 

Ils sont de plus en plus nombreux à travailler deux mois complets durant l’été, voire plus, de la fin des cours en mai jusqu’à la fin août. 

Cela compromet alors le droit aux vacances et aux loisirs, droits essentiels pour la jeunesse. 

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Des solutions existent

Dans un tweet de juin dernier, Léna Raud, Secrétaire nationale de l’UEC, rappelait que d’autres alternatives étaient pourtant possibles comme la création d’un revenu étudiant permettant à tous les étudiant.e.s de vivre dignement pendant toute la période de leurs études. 

Ce revenu, avec pour plancher minimum le seuil de pauvreté, serait financé par les cotisations sociales.

Cela permettrait d’en finir avec l’emploi étudiant saisonnier, mais également l’emploi étudiant tout au long de l’année. En effet, on estime que  40 % des étudiants sont salariés tout au long de l’année pour subvenir à leurs besoins élémentaires. 

Or, on le sait, le salariat étudiant est la première cause de décrochage. Le revenu étudiant permettrait donc aux jeunes de se concentrer sur leurs études, d’être mieux formés, et de réserver leurs vacances aux loisirs et activités culturelles. 


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