Jupiter a parlé

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Macron a accordé un long entretien au journal Le Point. Honnêtement, il est difficile de comprendre pourquoi tant il y répète ce qu’il avait déjà pu dire. Il est même possible de le soupçonner d’avoir voulu occuper l’espace médiatique de la rentrée avant l’annonce de ses ordonnances.

22 pages pour rien

Le magazine étale l’entretien présidentiel sur pas moins de 22 pages, publicités et photos comprises. Ces 22 pages représentent près de 20% de l’hebdomadaire. Pourtant on ne peut pas dire que l’on ressort particulièrement impressionné de la lecture de la chose.

Afin de faire preuve de bonne foi, il est tout de même nécessaire de préciser que cette lecture a permis d’aller chercher la signification du mot “prébende”, mais il s’agit probablement du seul apport de cet interview.

Le Président alterne les propos creux et les envolées lyriques. La compréhension de ces propos en devient parfois même compliquée. A la question de savoir si sa perception de la menace terroriste a changé depuis son élection, il finit ainsi par répondre que “notre société a besoin de récits collectifs, de rêves, d’héroïsme”

Essayant de préciser sa pensée, il dénonce une France “résigné[e] à une vie démocratique sans sel” puis affirme que “le défi de la politique” est de “réinvestir un imaginaire de conquête”.

Sur l’éducation, le Président propose sérieusement de financer un “véritable investissement” par “la capacité de ce ministère à se transformer”. L’explication de texte n’est malheureusement pas fournie.

Sur la question de l’Union Européenne, systématiquement nommée Europe, le chef de l’Etat nous livre une vision des plus nébuleuses :

“Pour avancer, il faut aller au contact, mobiliser toutes les bonnes volontés qui existent partout en Europe. Avec un projet : l’Europe doit retrouver le sel de la souveraineté.”

Quand ce n’est pas le Président qui est peu compréhensible ce sont les journalistes de Le Point qui pose des drôles de questions :

“Quel est le plus gros risque pour la France aujourd’hui ? La Corée du Nord ? La Libye ? L’Algérie ?”

A moins d’être un hommage à la Cité de la Peur, la question est pour le moins surprenante.

L’austérité et la régression sociale pour prooojet

Interrogé sur sa réforme du code du travail, le chef de l’Etat livre une curieuse réponse :

“le but de de l’action n’est pas de réformer le code du travail ou de réduire les déficits publics, de transformer la gestion de l’Etat ou de réformer la fiscalité. Ce sont des moyens, des instruments, pour parvenir à autre chose : la libération des énergies; et, par cette libération, en finir avec notre imposture de ces dernières années : celle d’un pays dur aux faibles mais qui se gargarise d’égalité et de fraternité, d’un pays corseté par les règles et les rentes qui se croit un pays de liberté, d’un pays inégalitaire mais qui ne fait pas sa place au mérite, d’un pays à la fois inefficace et injuste, injuste parce qu’inefficace, inefficace parce qu’injuste.”

Derrière les formules creuses, il faut comprendre que c’est toutes les conquêtes sociales qui sont dans son viseur.  Plus loin dans l’entretien il complète sa vision :

“Le système français protège très bien les “insider”, ceux qui bénéficient d’un contrat stable, mais c’est au prix de l’exclusion complète des autres”

Cette opposition qu’il crée entre les salariés, faisant peser la responsabilité de la précarité de certains sur ceux qui ont un emploi stable, vise à masquer ceux qui profitent réellement de cette précarité. Le Président va même plus loin en déclarant :

“Le chômage n’est plus un accident de la vie, mais un risque d’autant plus prégnant que le besoin de la transition professionnelle s’accentue.”

Cette déclaration vient normaliser le chômage dans les parcours de vie. Le président de 39 ans, né une cuillère d’argent dans la bouche, qui n’a jamais connu ni la précarité ni la galère vient tranquillement expliquer à des millions de travailleurs qu’ils devront subir la privation d’emploi.