Légiférer sur l’immigration : pour étouffer la rentrée sociale ?

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Le gouvernement, par la voix de Gérald Darmanin, souhaite balayer la question sociale en imposant l’immigration comme priorité dans le débat public.

Alors que la France vit une poussée inflationniste sévère, que des luttes sont menées sur l’ensemble du territoire par des salariés, les syndicats appellent d’ores et déjà à une grande journée de mobilisation le 29 septembre.

Pensant s’être débarrassé de cette crise qui touche l’ensemble des salariés par une « loi de protection du pouvoir d’achat des français », qui n’est qu’une loi d’affichage, le refus conscient et volontaire d’aborder la question des salaires, des prix et inévitablement des profits se fait voir.

On ne peut que s’interroger sur ce choix de calendrier, même s’il démontre aussi une banalisation croissante du discours anti immigrés.

Une « réforme de l’immigration »

Après différents revers, la volonté de Gérald Darmanin est de « de donner les forces à la République de se défendre, en modifiant la loi s’il le faut » en matière d’immigration. Ce qui revient, dans sa conception des choses, à rétablir pleinement la double peine. Cette réforme pourrait pousser la différenciation des peines en fonction de la nationalité, avec une possibilité d’expulsion du territoire national considérablement élargie. 

S’il faut évidemment lutter contre la délinquance et donner les moyens à la République de le faire, ce n’est pas dans l’amalgame entre l’immigration et la délinquance que la solution se trouve.

Le « bon sens français »

C’est dans ces termes que Darmanin explique vouloir supprimer huit des neuf réserves légales qui empêchent l’expulsion d’étrangers condamnés pour crime en France. Parmi celles-ci : le fait d’être arrivé en France avant ses 13 ans, d’y résider depuis plus de vingt ans, d’être marié à un Français, ou d’être parent d’un enfant. 

Concernant cette dernière réserve, l’explication du ministre de l’Intérieur représente bien son projet : « Si son père est un criminel, un pédophile ou un terroriste, je ne vois pas pourquoi on devrait le garder sur le territoire national. ».

Un calendrier bien choisi et dangereux

En plus d’être opportunément choisie pour saper la question sociale dès la rentrée, cette « thématique » annonce déjà un « un concours Lépine » du sécuritaire entre LR et le RN. À sa manière, le gouvernement jouera à n’en pas douter la carte du manichéisme dans le débat, en limitant celui-ci à « pour ou contre la délinquance ».

Initialement prévu pour octobre, l’examen du texte a été repoussé sur ordre de Matignon pour laisser place à une « consultation » et à un débat préalable au Parlement. Affaire à suivre…