Les Fils de l’homme ou l’histoire de la catastrophe annoncée

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CULTURE

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Les Fils de l’homme est un film dystopique réalisé en 2006 par Alfonso Cuarón tiré du roman éponyme de P. D. James. 

Dans un futur apocalyptique, en 2027, les êtres humains ne peuvent plus avoir d’enfant, ce qui condamne l’espèce à la disparition. Le film se déroule dans une Grande-Bretagne autoritaire confrontée non seulement à la généralisation de l’infertilité de ses habitants, mais aussi à une explosion de la violence, une augmentation des inégalités, une crise climatique majeure ainsi qu’une multiplication du nombre de réfugiés. 

Le personnage principal, Theo Faron, interprété par Clive Owen, y est chargé d’escorter Kee, une jeune réfugiée ghanéenne, dernière femme enceinte sur terre. Theo est donc garant de l’avenir de l’humanité.

Un film anticipateur

Les Fils de l’homme est un film d’anticipation politique. Il prédisait dès 2006 les conséquences dévastatrices de l’activité humaine sur l’environnement, du terrorisme, du capitalisme poussant l’égoïsme humain et les inégalités à leur paroxysme. Il présageait également l’explosion de la violence entre les communautés, une crise migratoire majeure avant même le début de la guerre civile en Syrie (2011), ou même la possibilité d’une pandémie globalisée.

Les Fils de l’homme fait de la stérilité humaine le centre de l’intrigue. Dans le documentaire complémentaire au film The possibility of hope, réalisé par Cuarón lui-même, le philosophe marxiste S. Žižek explique que l’infécondité est une métaphore du comportement humain, marqué par la peur et l’égoïsme. Theo affirme dès le début du film : « Le monde était déjà foutu avant l’infertilité ». Le film met en évidence l’existence de deux classes sociales dont les conditions de vie sont aux antipodes et arbore ainsi une position assurément anticapitaliste. 

Seul un miracle semble pouvoir éviter l’extinction

Face à cette « fin du monde », certains individus décident de se tourner vers l’activisme politique, vers la religion et les sectes. D’autres choisissent de mettre fin à leurs jours grâce aux kits de suicide distribués librement par le gouvernement britannique. 

Le groupe activiste des Poissons occupe une place importante au cœur de l’intrigue. Il semble au premier abord humaniste et solidaire, notamment à l’égard des réfugiés, mais mène des actions violentes s’apparentant au terrorisme et souhaite récupérer Kee à des fins politiques. 

Les références bibliques sont également nombreuses au cours du film. Kee dévoile sa grossesse à Theo dans une étable. La naissance du premier enfant sur terre depuis plus de 18 ans s’apparente à un miracle renforçant ainsi l’importance quasi divine de la mission de Theo.

Une prouesse cinématographique 

Les arrière-plans des Fils de l’homme sont également remplis de multiples détails qui nous renseignent sur les messages du film. Chaque visionnage permet d’en découvrir de nouveaux. Le rapport d’image en 1,85 et la limitation du « focus » facilitent la visibilité de ces arrière-plans. Ils renvoient le plus souvent à des images célèbres : jungle de Calais, Abou Ghraib, 2e intifada, ghetto de Varsovie… 

Des personnages secondaires hors-normes aident Theo et Kee dans leur quête et attirent l’attention sur l’universalité du propos (un hippie, une bohémienne ou encore une sage-femme païenne). L’art est très présent dans le film : Guernica de Picasso, David de Michel-Ange, un tag de Banksy, G. Mahler ou encore J. Lennon. 

Les longs plans séquences filmés à l’épaule, marque de fabrique de Cuarón, rendent le film très réaliste. C’est par exemple le cas au cours d’une scène de guérilla dans un camp de réfugiés d’une dizaine de minutes durant laquelle Theo et Kee sont sous les feux croisés de l’armée et de groupes terroristes.

Je vous invite à regarder ce film qui donne beaucoup à réfléchir sur la société déshumanisante dans laquelle nous vivons, mais qui adresse aussi un message d’espoir : l’ordre établi n’est pas impérissable, à nous de le renverser.