Macron, candidat du capital financier

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Sous les critiques après la révélation de l’affaire McKinsey, Emmanuel Macron est candidat à sa réélection. Avec un bilan social bénéfique aux plus riches et désastreux pour le monde du travail et la jeunesse.

Voilà deux semaines que le sénat a révélé les sommes versées au cabinet de conseil américain McKinsey sous la présidence d’Emmanuel Macron. Rien que pour l’année 2021, il est question de plus d’un milliard d’euros donnés à cette société. Celle-ci pratique l’optimisation fiscale depuis au moins dix ans et ne paie aucun impôt en France. Au-delà du scandale, le recours à des services privés par l’État passe mal quand 180 000 postes ont été supprimés dans la fonction publique entre 2006 et 2018. D’autant plus quand ces cabinets de conseil privés préconisent régulièrement des objectifs de réduction des dépenses publiques.

Moins de recettes fiscales pour moins de dépenses publiques

Derrière l’affaire McKinsey, c’est tout un quinquennat qui lui a permis d’opérer de grands transferts d’argent du public vers le privé et les plus riches. Ainsi, l’impôt sur les sociétés a baissé pour une perte de 10 milliards d’euros par an. De plus, 160 milliards d’euros ont été reversés aux entreprises en crédit d’impôt en 5 ans. S’ajoute à cela la baisse de l’imposition locale des entreprises et des impôts de production. Pas moins de 75 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales sont chaque année soustraits à la sécurité sociale au profit des sociétés. Ces cadeaux extraordinaires sont compensés par des dizaines de milliards d’euros de TVA consacrés aux collectivités locales et à la sécurité sociale. Autrement dit, ils sont payés par les consommateurs.

Cela n’a pas empêché Macron de récupérer 1,4 milliard d’euros par an sur le dos des allocataires des aides au logement. Lors de la mise en place de l’imposition des revenus à la source.

Macron a été de bout en bout le héros du capitalisme financier. Dès le début du quinquennat, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) a fait place à un impôt sur l’immobilier (IFI). Au profit du monde de la finance qui a récupéré au moins 3,2 milliards d’euros par an. Les 1 % des ménages les plus riches ont reçu ce cadeau au détriment du budget de la nation. 

Côté dépenses publiques, mis à part 2020, Macron a continué l’austérité budgétaire. En effet, il a maintenu le gel du point d’indice des fonctionnaires, les soignants ont été très peu augmentés, des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires ont été supprimés, les fermetures de lits à l’hôpital et de lignes ferroviaires se sont intensifiées…

La hausse de la TVA à l’horizon

Dans ces annonces de campagne, le président sortant promet d’assécher davantage les caisses de l’État. Il envisage la suppression de l’imposition locale des entreprises réalisant plus de 500 000 euros de chiffres d’affaires. C’est près de 10 milliards d’euros par an à compenser, alors que les collectivités locales sont déjà acculées. Côté politique salariale, l’exonération sur les heures supplémentaires, en plus d’avoir pour effet des destructions d’emplois et un déséquilibre du financement de la sécurité sociale, coûterait près de 2 milliards d’euros par an. D’autres promesses fort discutables (suppression de la redevance audiovisuelle, réforme des droits de mutation, déclaration commune des couples non mariés…) viendraient d’autant plus fragiliser les recettes budgétaires de l’État. 

Toutes les baisses de recettes promues par Macron se voient compensées par des réductions de dépenses publiques ou par une hausse de la TVA. L’impôt le plus injuste. Première recette fiscale de l’État, la TVA est un impôt sur la consommation payé par toute la population. L’Insee a démontré que le niveau de vie des personnes les plus modestes est plus négativement impacté par une hausse de la TVA. Les 10 % des personnes les plus modestes consacrent une part près de deux fois plus importante de leur revenu à la TVA que les 10 % les plus riches. En fait, les promesses fiscales de Macron sont une arnaque sociale.

La France en vente à la découpe

Pendant cinq ans, l’ancien banquier de Rothschild s’est évertué à privatiser les entreprises publiques. Il a ouvert le secteur ferroviaire à la concurrence et a transformé la SNCF en société anonyme. Renonçant à sa mission de service public. EDF a été forcée de vendre son électricité à perte pour favoriser ses concurrents privés. Elle est aujourd’hui menacée de démantèlement. Tout était à vendre : même la Française des jeux et les aéroports de Paris.

Avec la réforme des retraites par points, Macron a tenté de réduire les droits sociaux des salariés en prétextant un déficit de la sécurité sociale. Qui est dû en réalité à un transfert d’argent vers les profits capitalistes. Il va s’en dire que ce projet, battu par la mobilisation sociale et la pandémie, aurait favorisé les assurances et fonds de pension privés. On sait bien que l’augmentation générale des salaires ou l’égalité salariale femmes-hommes représentent un potentiel gigantesque de financement pour la sécurité sociale. C’est uniquement parce qu’il défend les intérêts du capital financier que Macron ne trouve pas les moyens de renforcer la protection sociale.

Du côté de l’industrie, plus de 1 million d’emplois ont été détruits et délocalisés. Impossible d’énumérer les innombrables fermetures d’usines et plans de suppressions d’emplois industriels. Bridgestone, Verallia, fonderies du Poitou, de Bretagne, Société aveyronnaise de métallurgie, Chapelle Darblay, GM&S, Ascoval… S’ajoutent les ventes de fleurons, comme le groupe Alstom sacrifié à General Electric. L’année dernière, la France a atteint son record de déficit commercial, tant les exportations ont chuté.

Faire payer les salariés

L’actuel président s’est acharné à détruire les droits des salariés. Leurs représentants se sont trouvés affaiblis avec la fusion de leurs instances et le renforcement du pouvoir patronal en termes de « démocratie sociale ». Le plafonnement des sanctions en cas d’abus patronaux a même permis aux directions d’inclure ces pratiques dans leur budget. Macron a fait la chasse aux chômeurs en réduisant les droits à l’indemnisation, renforçant encore davantage le chantage à l’emploi.

Dans le même temps, les bénéfices et les versements de dividendes ont connu des hausses records. Les profits des entreprises du CAC 40 ont atteint 140 milliards d’euros. Leur capitalisation en bourse est au plus haut.

Mauvaise conscience

Candidat, Macron fait mine de désavouer certaines décisions de son quinquennat. Après avoir fermé la centrale nucléaire de Fessenheim, il promet maintenant 6 nouveaux EPR. Pourtant, l’Autorité de sûreté nucléaire permettait de poursuivre l’activité de la centrale du Haut-Rhin. Sa fermeture a été compensée par la production des centrales à charbon outre-Rhin. Fortes émettrices de gaz à effet de serre. Sur l’EPR de Flamanville, Macron n’est pas revenu sur le recours désastreux à la sous-traitance. Il laisse EDF perdre ses savoir-faire année après année, à l’image de l’abandon du réacteur ASTRID en 2019. 

Malgré le désastre industriel de ces cinq dernières années, le président se repeint en candidat de la réindustrialisation, sans rire. La meilleure blague était quand même la communication « écolo » sur la réouverture de la ligne ferroviaire Perpignan-Rungis. Celle-ci a été fermée au début du quinquennat. Chez En Marche, on avance à vue.

Dans le même temps, chez les Jeunes avec Macron, on n’assume plus la baisse des APL. Ni la suppression des repas universitaires à 1 euro pour les boursiers. Revirement aussi au ministère de l’Éducation nationale où l’on regrette d’avoir supprimé les mathématiques du tronc commun avec la réforme du baccalauréat. Au prix d’une régression de 30 ans sur l’égalité filles-garçons. Confronté au bilan de sa politique antisociale, Macron se réapproprie même l’augmentation des retraites agricoles, fruit d’une proposition parlementaire communiste.