Marine Le Pen candidate antisociale

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Durant le débat télévisé de l’entre-deux tours, Marine Le Pen a brandi la carte du social. Et pour cause ! Les classes populaires ne sont pas sorties indemnes du quinquennat Macron. Elles ont durant cinq ans battu le pavé et les ronds-points pour les services publics et le pouvoir d’achat. La pauvreté et les emplois précaires ont explosé au même rythme que les prix des biens de première nécessité, dont l’énergie. Tout augmente, sauf les salaires. La tentation de crier « Assez ! » est grande. La candidate du Front national le sait. Elle sait aussi que ses quelque huit millions de votes récoltés au premier tour ne seront pas suffisants pour vaincre le président Macron, et ce malgré la réserve de voix constituée par l’électorat du polémiste fasciste Éric Zemmour.  

Pour triompher dans les urnes, Marine Le Pen peut compter sur deux choses : l’absentéisme d’un électorat de gauche qui se refuse à voter pour le président de la casse sociale, mais surtout la mobilisation d’un vote protestataire. 

La châtelaine de Montretout tend alors la main à ceux et celles qui sont sortis dans la rue contre la hausse du prix de l’essence, promet une augmentation des salaires, salue les enseignants, le personnel soignant et les livreurs à vélo. Face à Macron, elle se positionne comme la candidate du pouvoir d’achat et des petits. La stratégie est payante. Plus de 15 % de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon s’apprêterait à déposer dans l’urne un bulletin pourtant situé à l’extrémité inverse de l’échiquier politique ! 

Parmi les mesures prétendument sociales, sa réforme des retraites lui permet de se différencier d’Éric Zemmour, son concurrent direct à l’extrême droite. Lors du débat de mercredi, elle l’a brandie en joker face à un président sortant qui peine à revenir sur la proposition d’un départ à 65 ans.

Arnaque sur les retraites

À l’image du reste de son programme, la réforme des retraites proposée par l’héritière du clan Le Pen ne constitue en rien une mesure sociale. Présentée par le Rassemblement national, celle-ci apparaît d’abord comme un retour à la retraite à 60 ans, similaire à celui proposé par le Parti communiste français. Selon elle, les travailleurs intégrant le marché du travail avant leurs 20 ans bénéficieraient d’un départ à 60 ans tandis que les autres partiraient à 62 ans. L’argument est simple : les travaux les plus pénibles et physiques exigeant un départ à 60 ans seraient dans la majorité des cas pris en charge par des travailleurs aux études courtes. Les intellectuels bénéficiant d’études longues subiraient moins de facteurs de pénibilité au travail et pourraient donc quitter l’emploi à 62 ans. 

Cette présentation simpliste du programme du Rassemblement national est mensongère. Marine Le Pen propose dans les faits un départ à la retraite après 40 annuités pour les travailleurs entrés entre 17 et 20 ans sur le marché de l’emploi. Les années de cotisation nécessaires pour atteindre le taux plein augmenteraient au fur et à mesure de l’âge d’entrer dans la vie active. À partir de 25 ans, 42 annuités seraient nécessaires sans décotes pour un départ prévu à… 67 ans ! La mesure pénaliserait particulièrement les populations les plus précaires au salaire faible et à la carrière hachée. Celles-ci devraient travailler jusqu’à 67 ans pour espérer partir à taux plein.

Pourtant présentée comme la grande mesure sociale du programme frontiste, la réforme des retraites de Le Pen n’améliore en rien les conditions de vie des travailleurs et des travailleuses. À ceci près que la suppression des régimes spéciaux et du compte professionnel de prévention empêchera de faire valoir tout au long de la vie les facteurs de risque spécifiques à un certain nombre de tâches. Cette dernière mesure plus discrète nous rappelle la réalité du programme de Marine Le Pen : un pamphlet démagogique et antisocial au service d’un projet de société fasciste.