Morlaix-Roscoff : une ligne en sursis 

publié le dans
Morlaix-Roscoff : une ligne en sursis 

Depuis 2018, la ligne Morlaix-Roscoff dans le Finistère n’est plus exploitée par la SNCF. Elle est laissée à l’abandon avec de nombreux tronçons totalement inutilisables. Mais les acteurs régionaux ne désespèrent pas de la remettre en fonction, notamment via le nouveau CPER (contrat de plan État-région) mobilité. Les enjeux sont à la fois économiques, sociaux et écologiques, mais l’issue reste incertaine pour cette ligne plus que centenaire. 

135 ans de bons et loyaux services et pourtant…

La ligne Morlaix-Roscoff a été mise en service en 1883. Elle a pendant longtemps servi à l’exportation des denrées agricoles produites dans la région et au transport de passagers. Mais en 1991, la SNCF a décidé d’arrêter le transport de fret pour uniquement se reporter sur le transport de passager, ce qui présageait déjà d’un avenir incertain pour la ligne.

En 2019, la SNCF prévoyait la fermeture définitive de la voie pour des raisons de rentabilité. En réalité, cette dernière n’était plus réellement entretenue depuis un petit moment déjà. L’état dégradé de la voie avait été un argument pour réduire la vitesse des trains à 40 km/h en 2015, ce qui la rendait bien moins compétitive face au trafic routier. C’est sur cet argument que la SNCF souhaitait fermer la voie. En 2018, un violent orage a provoqué l’éboulement d’une partie de la ligne, ce qui a accéléré le processus de mise hors service.

Bien entendu, aucun plan de rénovation des infrastructures et de remise en service des gares desservies par la ligne n’a été mis en place depuis, la SNCF et l’État ne voulant plus investir dans les lignes de dessertes fines du territoire pour des raisons de rentabilité.

Des enjeux économiques, sociaux et écologiques 

En 2023, la région Bretagne a inscrit dans son CPER mobilité le financement de l’étude de la réouverture de la ligne Morlaix-Roscoff. Les arguments en faveur de la remise en fonction sont multiples. Tout d’abord, elle permettrait une facilitation de l’exportation des produits agricoles de la région vers la France intérieure, mais également de l’exportation des marchandises qui arrive au port de Roscoff (250 000 tonnes en 2022). 

Roscoff possède par ailleurs une gare maritime active (336 000 passagers en 2022) avec l’arrivée des ferrys des compagnies Brittany Ferries et Irish Ferries. La remise en service de la voie de chemin de fer Morlaix-Roscoff permettrait une grande facilitation du transport des voyageurs en partance et en provenance de Roscoff, ce qui dynamiserait le secteur touristique. À terme, un développement portuaire serait donc envisageable.

De plus, Roscoff possède une station d’étude scientifique du CNRS où travaillent un certain nombre d’étudiants et de personnels qui viennent de Saint-Brieuc, de Brest voir plus loin. Ils sont aujourd’hui obligés de se rendre sur leur lieu de travail en bus ou en voiture, ce qui est particulièrement long. Relier Roscoff à Morlaix par le train permettrait donc une facilitation des mobilités, notamment pour la jeunesse, ce qui pourrait désenclaver socialement la région et la redynamiserait.  

Enfin, il y a un intérêt écologique à ce projet. Actuellement, l’entièreté du trafic entre Morlaix et Roscoff est uniquement routière. La remise en service de la ligne doit permettre le transport des passagers et des marchandises, ce qui d’un point de vue écologique est plus que souhaitable. 

Une issue incertaine

Malheureusement, le projet est encore loin d’être validé. La remise en service de la ligne coûterait cher et la SNCF, qui est propriétaire de ces petites lignes, ne veut plus investir dedans. De plus, l’État ne souhaite plus subventionner le ferroviaire et préfère ouvrir à la concurrence privée le réseau. Cependant, il n’y aura très probablement pas de repreneur privé du fait de la faible rentabilité de ces petites lignes locales. 

Encore une fois, les intérêts économiques court-termistes d’un gouvernement ultralibéral prennent le dessus sur les intérêts locaux, humains, sociaux et écologiques.   


Édition hebdomadaire

Mêmes rubriques