Pouvoir d’achat : pourquoi la politique de primes est critiquée

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Prime de transport, prime d’activité, prime Macron, chèque alimentaire, chèque inflation, ristourne sur les prix du carburant… Le gouvernement n’en finit pas de distribuer des miettes pour refuser une réelle augmentation du SMIC et de tous les salaires. Cette politique de chèques et de primes à la petite semaine est fortement décriée par les syndicats de salariés et les partis de gauche. Il y a en effet de nombreuses raisons de préférer l’augmentation des salaires au versement de primes.

Un problème de répartition des richesses

D’abord, la prime ne permet pas d’empêcher la baisse du salaire réel (c’est-à-dire le pouvoir d’achat que donne le salaire). En effet, l’augmentation des prix entraîne une perte de pouvoir d’achat : les hausses de salaire ne suivent pas l’inflation, conduisant à une diminution des salaires réels. Alors, le travail rémunère moins. 

Comme l’Insee prévoit 6 à 7 % d’inflation des prix à la consommation sur un an d’ici la fin de l’année, il faudrait une hausse générale des salaires au moins aussi grande pour maintenir les salaires réels. Sans cela, la part des salaires dans les richesses produites dans les entreprises va baisser, et la part rémunérant le capital augmentera d’autant. 

Par conséquent, les primes posent un problème de justice sociale : elles accompagnent une modification de la répartition des richesses au détriment des salariés. De plus, les primes ne sont même pas forcément payées par l’employeur, mais peuvent l’être indirectement par le contribuable, et elles évitent au patron de devoir augmenter les salaires. Non seulement les primes ne font rien contre la dévalorisation du travail, mais en plus elles participent à maintenir les salaires à un bas niveau.

Les inconvénients des primes

D’autre part, la prime n’est pas garantie, les salariés ne peuvent pas baser leur budget dessus. Son montant peut changer au rythme du débat parlementaire, elle ne tombe pas chaque mois, elle peut être refusée par l’employeur, elle peut nécessiter des démarches administratives. Impossible de s’y fier pour vivre au quotidien.

Certaines primes ne sont pas soumises à cotisations sociales ou fiscalisées, ce qui enlève des recettes pour la sécurité sociale et le budget de la nation et au bout du compte fragilise nos droits sociaux et nos services publics.

Augmenter les salaires, l’urgence

Le gouvernement est moins doué pour augmenter le SMIC ou le point d’indice des fonctionnaires que pour inventer une énième prime et distribuer des chèques. Pourtant, l’urgence est grande de réaliser une hausse générale des salaires, tant pour faire face à l’inflation que pour rémunérer dignement le travail et revaloriser les métiers.

Aussi le dégel du point d’indice et sa hausse générale de 3,5 % ne vont-ils pas suffire à rattraper le gel du point depuis 2010 ni à faire face à l’inflation. « La perte du pouvoir d’achat a été estimée entre 10 et 11 % », indique Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT. C’est pourquoi le syndicat demande une augmentation générale immédiate de 10 % pour tous les agents de la fonction publique.

La centrale syndicale s’inquiète aussi du tassement des grilles de rémunérations, effet des rattrapages obligatoires du SMIC couplés au gel du point d’indice pendant dix ans. Cela crée une situation où des centaines de milliers de fonctionnaires se retrouvent à peine au SMIC malgré des années d’ancienneté et une qualification. Ainsi les qualifications ne sont plus reconnues dans les rémunérations.

La CGT revendique l’augmentation automatique des salaires avec l’inflation, un SMIC à 2000 euros bruts et l’ouverture de négociations salariales dans les branches, les entreprises et l’administration publique pour l’augmentation de l’ensemble des salaires.

Bien évidemment, le patronat préfère des solutions temporaires à une hausse des salaires, qu’ils ne pourront pas diminuer plus tard. L’argent existe pourtant : en 2021, les entreprises du CAC 40 ont réalisé 163 milliards d’euros de profits. Elles ont versé 70 milliards d’euros à leurs actionnaires, ce qui représente la rémunération brute annuelle d’environ 2 millions de salariés qui seraient payés au salaire moyen.