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Vivre ensemble

LES PROGRAMMES D’IMMIGRATION DE LA GAUCHE ET DE MACRON

L’immigration a toujours été le thème principal de l’extrême-droite mais dépasse aujourd’hui largement son cercle idéologique. La droite a largement repris les logiques de l’extrême-droite dans ses politiques. Le gouvernement actuel n’a pas inversé la tendance, tour d’horizon aujourd’hui des propositions de Hamon, Macron et Mélenchon.

Avec Macron l’immigration choisie et “intégrée”

Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! développe un certain nombre de propositions en matière d’immigration. Dans la lignée d’une logique libérale, il raisonne en termes de rentabilité pour l’économie (comprenez la bourgeoisie). Evoquant la « pression migratoire très importante », l’ancien ministre de l’économie veut que la France et l’Union européenne prennent leur part dans l’accueil des réfugiés liés aux conflits africains et moyen-orientaux.

Il faudrait accélérer les procédures d’asile et raccourcir les délais, ceci afin d’insérer plus facilement ceux qui seront acceptés et d’expulser plus rapidement les autres. Cela signifie qu’il faudrait créer des postes de magistrats, aider les associations et organismes, loin des logiques d’austérité promues ailleurs… En réalité, c’est la même logique promue par les deux dernières majorités : il faut accueillir avec humanité mais expulser ceux qui sont refusés…Rien ne remet en cause les conditions d’accueil, les traitements des dossiers des demandeurs d’asile.

Le banquier veut aussi poursuivre les logiques d’intégration des étrangers résidant en France. Il faudrait développer une formation linguistique aux étrangers. Rien n’est dit sur les moyens ou le procédé.

Il faudrait y apprendre les valeurs de la République (laïcité, droit des femmes), les services publics (que le candidat veut détruire) et le monde du travail (mais sans les droits). C’est le fameux couplet des droits et devoirs avec en prime une proposition bien réactionnaire : la carte de résident de 10 ans serait conditionnée à ces critères. Or, ce qui faisait l’acquisition de ce titre de longue durée était avant tout le fait d’avoir un travail, des liens familiaux en France. Des critères bien plus objectifs que le jugement par un fonctionnaire du degré d’intégration d’un étranger à la nation…
Mais il existe une catégorie d’immigrés respectables dont l’entrée serait facilitée : à partir d’une liste établie en lien avec le patronat, des responsables d’entreprises ou des chercheurs auraient des visas de circulation pour professionnels. La division de classe s’opère également entre migrants selon leur utilité, leur catégorie sociale. Ici, pas de test de langue ou de respect des valeurs républicaines….
Au niveau européen, Macron appelle à renforcer le corps de police des frontières extérieures. Au regard des résultats catastrophiques de cette politique sécuritaire, les drames en Méditerranée risquent de se poursuivre.

Une conférence annuelle sera établie pour faire le point sur tous ces aspects. On aurait voulu autant de considération et de suivi pour le CICE…

Au final, le positionnement du candidat d’En Marche est dans la lignée des orientations libérales mises en œuvre depuis des années. On ne parle de respect des droits fondamentaux pour les immigrés ; on renforce même la notion de mérite, de valorisation économique. Derrière l’idée de rationalisation et d’accompagnement, c’est un angle paternaliste et sécuritaire qui prévaut. Les filières de l’immigration clandestine ne sont pas près de se tarir avec l’organisation d’une immigration d’élite qui jettera dans l’ombre des milliers de travailleurs sans-papiers qui n’entrent pas dans les catégories respectables du candidat des riches.

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Les grandes intentions humanistes de Benoît Hamon sur l’immigration

Benoît Hamon, candidat désigné par la primaire du PS, développe beaucoup moins de choses sur le sujet.
Il souhaite revoir la directive des travailleurs détachés et créer un socle commun de droits sociaux pour empêcher la concurrence entre salariés européens.
C’est par l’Europe que le candidat socialiste veut aider les pays du Sud à favoriser les migrations entre pays du Sud, déjà les plus nombreuses contrairement à une idée répandue. Sur l’enjeu des réfugiés, l’ancien ministre de l’éducation souhaite créer un visa humanitaire et faciliter les procédures de déplacements pour les immigrés entre la France et leur pays d’origine.
Enfin, Benoît Hamon veut faire réviser les règlements européens sur les conditions d’entrée et de séjour des migrants pour plus de solidarité entre pays européens pour mieux respecter les droits fondamentaux.

Il y a peu d’éléments précis dans ces propositions qui relèvent malgré tout d’intentions humanistes même s’il n’y a aucun élément sur la remise en cause des lois d’immigration notamment celles votées sous la présidence Sarkozy.

Mélenchon, une véritable prise en compte de l’immigration avec quelques contradictions

Enfin, le candidat de la France Insoumise, soutenu par le PCF, Jean-Luc Mélenchon propose un contenu plus en rupture avec les régressions faites contre les droits des étrangers. Malgré tout, on reste au même niveau que certaines interventions du candidat, parfois ambiguës voire à rebours des convictions profondes de citoyens de gauche.

Si la partie du programme consacrée à ce sujet commence par une phrase contestable sur le fait que l’émigration est une souffrance et qu’elle est située dans la partie « Indépendance de la France », les propositions sont plus avancées que les autres candidats de gauche.

En raison des dérèglements climatiques qui s’annoncent, des situations sociales et démographiques dans certaines régions du monde, il est proposé d’avancer vers une institution propre de l’ONU consacrée aux migrations. Il s’agit de renforcer les organismes déjà existants (dont le haut commissariat aux réfugiés) et de mener une conférence annuelle pour suivre les travaux et réaliser les objectifs. Une belle ambition qui nécessite une coopération pleine et entière de beaucoup d’États pour que l’ONU retrouve un rôle prépondérant au service des peuples.
Il est recommandé d’agir sur la scène internationale également par davantage de coopérations internationales notamment en termes d’échanges technologiques et commerciaux, de changer la diplomatie française pour cesser les interventions armées.

Au niveau européen, il est proposé de mettre fin aux missions Frontex pour substituer une mission de sauvetage civile des bateaux de fortune en Méditerranée et de s’attaquer l’accord avec la Turquie qui bloque des milliers de réfugiés. Malgré tout, il faudrait mettre fin à l’accord Schengen, qui est un traité international signé par des pays européens (membres ou non de l’UE), qui permet la mobilité sans visa pour les résidents communautaires et fonde une frontière extérieure commune. Il contient également des menaces dans le sens où c’est un dispositif de fichage des individus pour les gens classés comme terroristes ou sans-papiers. Un amalgame plus que dangereux.

On ne sait pas trop quelle contre-proposition serait mise en place. Enfin, il faudrait agir pour aider au retour des réfugiés pour qu’ils retournent dans leur pays d’origine. Proposition ambiguë et floue car tous les partis disent qu’il faut favoriser le retour des réfugiés avec des objectifs pas nécessairement humanistes.

Il est proposé enfin pour les immigrés non réfugiés d’agir pour le respect des droits fondamentaux. Il s’agit notamment de respecter les droits de l’enfant en renforçant l’aide aux mineurs isolés et la fin du placement des enfants en centre de rétention. Les formules sur les dispositions légales par rapport aux immigrés sont générales et il n’est fait mention d’aucune nouvelle orientation pour mettre fin à l’arsenal législatif qui a fait des migrants des suspects depuis une trentaine d’années.

Enfin, le député européen propose de renforcer les politiques de la francophonie avec notamment une académie et un Erasmus de la francophonie qui a priori signifierait des échanges facilités pour les étudiants issus des pays classés comme francophones notamment par des programmes et des diplômes communs. Il faudrait avoir plus de détails à ce sujet car le risque est grand d’imposer une domination sur certains Etats comme c’est le cas avec la réformes universitaires en cours.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde