Roussel en Corse : la politique de l’ascenseur en panne

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Au fil des scrutins, la Corse est devenue un passage obligatoire pour les candidates et candidats à l’élection présidentielle. Mais là où certains ont fait le choix d’un passage éclair ou d’une tournée des grands ducs, Fabien Roussel a choisi de prendre son temps, de rencontrer et de discuter longuement avec les Corses et d’écouter leurs problèmes, développant ainsi une politique de « l’ascenseur en panne » qui n’est pas sans rappeler le « syndicalisme du carreau cassé » défendu par l’ancien secrétaire général de la CGT Henri Krasucki.

Onze heures du matin. Après avoir enregistré une émission de télévision pour France 3 Via Stella, Fabien Roussel arrive à la terrasse du « Coin du Ring ». C’est un petit bar ajaccien situé dans une galerie marchande en plein cœur du quartier des Salines. La venue du candidat PCF est loin d’être anecdotique. Ce quartier populaire a pendant longtemps été un bastion communiste, c’est d’ailleurs là-bas que la Fédération de Corse-du-Sud organisait sa fête fédérale. Depuis, au fil des élections et des déceptions, l’abstention s’est installée et l’extrême droite instrumentalise la misère et le sentiment d’insécurité de plusieurs habitants pour gagner des voix. 

Assis, un café à la main, Fabien Roussel répond aux questions des journalistes, mais aussi aux militants et surtout aux habitués de l’établissement. En écoutant les discussions et en lisant le tract qu’on lui a donné, l’un d’eux confie avec un petit sourire aux lèvres : 

« Ce qui est intéressant, c’est qu’il est candidat à la présidentielle, mais qu’il fait comme s’il était candidat aux municipales ou aux régionales, il prend le temps d’écouter les problèmes des gens, ça change… je pense que je vais voter pour lui ! » 

Aussitôt son café terminé, le député du Nord se rend dans les studios de la petite radio associative « Frequenza Nostra » situés juste à côté. L’occasion de se faire offrir quelques pots de miel, un maillot du Gazélec Ajaccio, d’échanger avec le petit Noah 10 ans, à qui il explique avec beaucoup de simplicité qu’il souhaite supprimer les devoirs à la maison en augmentant le temps scolaire. Il échange ensuite avec des chefs de TPE et PME qui lui parlent des charges externes qui pèsent lourd sur les petits patrons. 

Au milieu des Corses

Mais l’horloge tourne, après s’être remémoré les « Fêtes de Terre Corse » que les jeunes du quartier « attendaient presque plus que Noël », on explique à Fabien Roussel qu’à seulement cinq cents mètres de là un immeuble essentiellement peuplé par des seniors n’a plus d’ascenseur depuis le mois de septembre. Interloqué par la situation, le Ch’ti promet qu’il va modifier son programme journalier afin d’aller à la rencontre de ces gens.

Après un rendez-vous avec des représentants de la CGT Énergie, FAPT et Santé, le Secrétaire national du PCF part visiter le pôle socioculturel de la commune semi-rurale d’Alata. Fier de ses infrastructures, le maire, Étienne Ferrandi, qui a fait le choix de parrainer Fabien Roussel, l’amène dans une minoterie où une douzaine d’employés transforment de façon artisanale le blé en farine. Proche de celui d’une coopérative ouvrière (SCOP), le fonctionnement de l’entreprise impressionne le visiteur qui y voit aussi un exemple à suivre afin de donner plus de pouvoir aux salariés. Mais n’oubliant pas sa promesse, le candidat fait le choix de retourner aux Salines. 

Avant de se rendre au bâtiment L20, Fabien Roussel s’arrête au boulodrome de la place Jean Casili, création de l’ancien adjoint communiste au maire d’Ajaccio Paul-Antoine Luciani. Les pensions qui n’augmentent pas et la vie chère ont fait de la pétanque un rendez-vous incontournable pour un bon nombre de retraités du quartier qui, d’abord un peu méfiants face à cet homme suivi par une armada de caméras, sont séduits par son franc-parler, sa bonne humeur et sa proximité. L’un des boulistes se confie au candidat. Veuve depuis peu de temps, sa mère qui n’a jamais travaillé et n’a pratiquement aucun revenu va devoir attendre quatre à six mois pour toucher sa pension de réversion.

“Je me bats pour que les gens comme votre maman puissent retrouver leur dignité, pour qu’ils puissent vivre dignement, vivre tout simplement…”  

– Fabien Roussel.

Alors que Fabien Roussel quitte la place, certains pétanquistes concentrés sur leur partie de boules se demandent encore qui est ce monsieur, mais la majorité semble agréablement surprise par l’authenticité du candidat communiste. “Ha s’il y avait plus de gars comme lui, c’est sûr qu’on serait mieux !” s’exclame un vieux monsieur en regardant les journalistes. L’Humain d’abord… Le vieux slogan du Parti communiste a rarement été autant d’actualité ! 

L’ascenseur en panne

Une fois dans le Hall du Bâtiment L20, qui n’a plus d’ascenseur depuis le mois de septembre 2021 à cause d’un incendie criminel, Fabien Roussel échange avec une demi-douzaine d’habitants. Ils sortent les uns après les autres de leurs appartements pour rencontrer ce Ch’ti qui a fait le choix de venir discuter avec eux pour mieux comprendre leurs préoccupations. Il défend ensuite le droit à un logement digne, mais également le droit à la sécurité, puisqu’à en croire les habitants cet incendie criminel aurait pu faire bien plus de dégâts. Pressé par le temps, Fabien Roussel fait une promesse : il va parler du calvaire de ces gens au préfet de Corse pour essayer de faire avancer les choses ! 

Hasard du calendrier ou effet Roussel, le lendemain, le maire d’Ajaccio a officiellement annoncé que l’ascenseur serait réparé avant la fin du mois de février et que le loyer des résidents serait baissé de 100 €… La preuve qu’une campagne présidentielle ne se joue pas que sur les plateaux télévisés et sur les réseaux sociaux ? 

La soirée du 9 février s’est terminée par un dépôt de gerbe au monument de la Résistance afin de rendre hommage à celles et ceux qui se sont sacrifiés pour faire de la Corse le premier territoire de France Métropolitaine à se libérer du fascisme. La foule présente composée d’au moins cent personnes et notamment de jeunes, curieux et soucieux de mieux connaître le programme du candidat Roussel, s’est ensuite dirigée au Palais des Congrès d’Ajaccio pour assister au meeting. Les 160 places assises n’ont pas suffi. Plus de deux cents personnes ont dû rester debout ou en dehors de la salle ! Un véritable succès, qui a été confirmé à l’applaudimètre à la fin du discours de Fabien Roussel.

Le lendemain, désormais en Haute-Corse, le député de Saint-Amand-les-Eaux a pris le temps de visiter un vignoble séculaire à Patrimonio avant de rencontrer les dockers et les syndicats de la Poste et de l’éducation nationale. En 48 heures, avec son franc parler et sa proximité, sa facilité à aller vers l’habitant, Fabien Roussel a su se faire une place dans le cœur des Corses qu’il a croisé.