Troubles au Pérou : la résistance populaire face à la destitution de Castillo

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Jeudi dernier, l’aéroport international de Cusco, relié à la touristique cité inca du Machu Picchu, a vu son trafic « suspendu pour une durée indéterminée » en raison des troubles politiques ravageant le pays. Revenons sur l’agitation dévastant le Pérou depuis la destitution du président Pedro Castillo en décembre dernier. 

Contexte

Le 7 décembre 2022, le président socialiste Pedro Castillo, issu du parti politique d’obédience marxiste-léniniste du Pérou Libre, est destitué peu après avoir tenté de dissoudre le Parlement. Il est également arrêté et incarcéré à Lima pour une durée d’au moins 18 mois pour « rébellion » et « conspiration ». C’est pourtant démocratiquement que Pedro Castillo accéda au pouvoir en juillet 2021, avec près de 50,13 % des scrutins. Sa vice-présidente Dina Boluarte accéda au pouvoir après l’arrestation de ce dernier. Il s’agit de la première femme à diriger le Pérou.

Soutenue par les États-Unis et l’UE, cette procédure de destitution fut également motivée par de nombreuses suspicions de malversations à l’encontre de Castillo. Début décembre 2022, le président péruvien accumule six enquêtes de corruption. 

La procureur Patricia Benavides déclara, le mois précédent, son arrestation : « Il existe des preuves sérieuses de l’existence présumée d’une organisation criminelle au sein du palais présidentiel ayant pour objectif de capter, contrôler et diriger des processus de marchés afin d’obtenir des gains illicites ».

Castillo n’est pourtant pas isolé sur le continent latino-américain. Lula da Silva, fraîchement investi au Brésil, trouve « toujours regrettable qu’un président démocratiquement élu subisse un tel sort ». Le président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, estime quant à lui que son homologue péruvien a été victime des « élites économiques et politiques » locales.

Réaction populaire

Cette manœuvre politique n’est pas du goût du peuple péruvien, qui se mobilise massivement dans la rue depuis près d’un mois. Au moins une cinquantaine de manifestants sont décédés depuis le début des évènements. La police péruvienne n’hésite pas à tirer à balles réelles sur la foule. Le pays est complètement paralysé depuis la chute du président le mois dernier. 

Le mardi 10 janvier, une enquête pour « génocide » a été ouverte par le parquet péruvien à l’encontre de Dina Boluarte et plusieurs hauts responsables en raison de leur rôle dans la répression des manifestations.

Le samedi 14 janvier, l’état d’urgence a été décrété pour au moins 30 jours à Lima et dans d’autres régions, notamment au sud du pays, épicentre de la mobilisation. 

Si le peuple péruvien se mobilise en faveur de Pedro Castillo, c’est parce que celui-ci incarnait l’espoir de changement et de meilleures conditions de vie pour les plus précaires, dans l’un des pays les plus inégalitaires d’Amérique latine. Ancien syndicaliste, Castillo est le premier chef d’État péruvien à ne pas être issu des élites économiques du pays. Il s’est engagé à ne pas toucher plus que son ancien salaire d’instituteur et à réduire de moitié les indemnités ministérielles et parlementaires.

Cependant, l’opposition de la presse bourgeoise et du Parlement, à majorité libérale et anticommuniste, ont empêché Pedro Castillo d’appliquer son programme au cours des 16 mois durant lesquels il a exercé le pouvoir sur le pays. 

L’instabilité avait alors eu raison du changement de constitution, de la réforme agraire et de l’augmentation du salaire minimum de 1 000 sols (250 dollars) qu’il avait promis au cours de sa campagne. Lorsqu’il était au pouvoir, le gouvernement de Castillo était destitué en moyenne tous les quatre mois. 

Aujourd’hui, la répression sanglante n’effraie pas le peuple péruvien qui continue de lutter et demande la démission immédiate de « la traîtresse » Dina Boluarte. Beaucoup de Péruviens accablent également une supposée ingérence américaine et accusent la CIA d’avoir joué en faveur de la destitution de Pedro Castillo.

« Un peuple qui aime la liberté finira par être libre », affirma le général Simón Bolívar, figure emblématique de la lutte pour l’émancipation anticoloniale des pays latino-américains au XIXe siècle.