Variole du singe : sensibilisons nous

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La variole du singe (monkeypox en anglais) est une maladie virale qui doit son nom au fait qu’elle a été identifiée pour la première fois chez le singe dans les années 50. 

Le virus circule chez des animaux sauvages, surtout des rongeurs, en Afrique centrale et de l’Ouest. C’est une maladie zoonotique, c’est-à-dire qu’elle peut se transmettre de l’animal à l’Homme, mais jusque récemment les cas de transmission entre les êtres humains étaient très rares.

Depuis début 2022, le nombre de contaminations a explosé dans des pays où le virus ne circule pas habituellement, principalement en Europe et aux Amériques. La souche du virus qui circule est proche de celle que l’on retrouve en Afrique de l’Ouest, mais il semblerait que le virus soit maintenant plus à même de se propager d’humain à humain, peut-être à cause de mutations dans son génome.

Symptômes

Il faudra du temps aux chercheurs et aux chercheuses pour comprendre exactement l’origine géographique et les caractéristiques de l’épidémie de variole du singe que nous connaissons actuellement. Du fait de l’émergence du virus, les informations changent vite et la meilleure source pour se tenir informé de l’évolution de l’épidémie est le site internet de l’Organisation mondiale de la santé.

Ce qu’on sait déjà, c’est que la maladie a un très faible taux de létalité. En France on recense environ 4000 cas entre janvier et septembre 2022, mais aucun décès. Le symptôme le plus caractéristique est l’apparition sur tout le corps ou de façon localisée de lésions rouges, des « pustules ». Elles s’accompagnent de fièvre, fatigue, douleurs musculaires, voire autres complications plus graves qui peuvent nécessiter une hospitalisation, notamment chez les personnes fragiles.

Transmission

Les modalités de transmissions doivent également être confirmées, mais on sait qu’une nouvelle pandémie comme celle du Covid n’est pas à craindre. En effet, la transmission entre êtres humains semble beaucoup moins efficace que celle du SARS-Cov-2. Il s’agit surtout de contaminations par contacts avec les lésions du malade, par les fluides corporels, par des gouttelettes en suspension dans l’air ou encore en partageant avec le malade des draps, serviettes, etc. 

A priori, les personnes infectées ne sont contagieuses qu’à partir de l’apparition des symptômes, et ce jusqu’à la cicatrisation des lésions très caractéristiques de la maladie. Cela limite beaucoup les risques de circulation du virus par des porteurs sains, non conscients du fait qu’ils sont malades.

De plus, les personnes nées avant les années 80 ont été immunisées contre la variole, maladie aujourd’hui éradiquée grâce à la vaccination, ce qui leur apporte une protection partielle et limite donc la circulation du virus dans cette tranche de la population. 

Vaccination

Deux vaccins sont actuellement disponibles contre la variole du singe, afin de protéger les personnes dites à risque d’être contaminées : les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes multipartenaires ; les professionnels exerçant dans des lieux de consommation sexuelle ; les personnes se trouvant en situation de prostitution selon la haute autorité de santé. 

Le temps d’incubation étant de 1 à 2 semaines, il est aussi possible de se faire vacciner après une exposition pour éviter de contracter la maladie.

Combattre le virus, combattre l’homophobie

Cette épidémie de variole du singe en cache une autre, peut-être plus grave et contre laquelle il n’existe pas de vaccin : l’homophobie.

Pour l’instant, la majorité des cas recensés en dehors de la zone endémique (Afrique centrale et de l’Ouest) concerne des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et qui ont des partenaires multiples. Le parallèle avec les débuts de l’épidémie de SIDA dans les années 70 est frappant, et cela nourrit la stigmatisation envers les HSH.

Mais pourquoi le virus se propage-t-il surtout chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) ? 

De manière générale, puisque la transmission se fait surtout par des contacts intimes et prolongés, le fait d’avoir des partenaires sexuels multiples est un facteur de risque. La transmission lors des rapports sexuels avec pénétration n’a pas été démontrée, mais on sait que le sperme des personnes infectées peut contenir des particules virales.

Cela reste une hypothèse, non prouvée pour le virus de la variole du singe, mais les virus qui se transmettent par le sang comme le VIH se transmettent plus efficacement par la pénétration anale. En effet, la muqueuse du rectum est plus fragile que la muqueuse vaginale. Des microlésions peuvent faciliter l’accès du virus au sang, qui peut alors infecter l’organisme. 

Cela pourrait également être simplement lié à un foyer épidémique qui s’est propagé de proche à proche via des individus ayant des partenaires multiples. Quoi qu’il en soit, le port d’un préservatif ne suffit pas à se protéger, car on peut aussi être contaminé par des lésions au niveau génital, périanal, mais aussi sur le visage ou d’autres parties du corps.

Sensibiliser sans stigmatiser

L’enjeu pour les autorités de santé est donc de sensibiliser les personnes les plus à risque d’être contaminées, d’encourager la vaccination, sans provoquer de stigmatisation des hommes ayant des rapports avec des hommes. Cependant ne pas communiquer sur l’incidence élevée des contaminations chez les HSH est contre-productif, tant pour la lutte contre l’homophobie que pour lutter contre la propagation de l’épidémie.

Il ne faut pas reproduire les erreurs commises avec le VIH. Les associations de lutte contre le SIDA ont critiqué la stratégie de la France, qui a mis longtemps à cibler les HSH dans ses campagnes de sensibilisation. Les pays ayant fait le choix d’une communication ciblée et basée sur des réalités scientifiques n’ont pas vu de stigmatisation des HSH plus importante.

Cependant, tout le monde peut être concerné, d’autant plus que parmi les cas recensés au niveau mondial, la proportion de patients qui sont des HSH est en train de chuter, passant de 97 % ou plus depuis le printemps 2022 à moins de 90 % mi-août, le nombre de cas total étant lui en augmentation. 

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, recommande que 

« tous les pays travaillent en étroite collaboration avec les communautés d’hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, afin de concevoir et de fournir des informations et des services efficaces, et d’adopter des mesures qui protègent la santé, les droits de l’homme et la dignité des communautés touchées. La stigmatisation et la discrimination peuvent être aussi dangereuses que n’importe quel virus ».