autriche-extreme-droite-portes-gouvernementLe Parlement à Vienne - CC0 | Domaine Public
INTERNATIONAL

Autriche: l’extrême droite aux portes du gouvernement

Dimanche dernier, un an après la présidentielle, des élections législatives se sont tenues en Autriche. Une coalition entre la droite et l’extrême droite sur des politiques xénophobes est à craindre. 

Un vent de changement vers la droite

L’ÖVP, parti conservateur chrétien, a remporté une victoire historique en raflant 31,7% des voix, suivi par le parti social-démocrate et le FPÖ (parti d’extrême droite) au coude à coude. Ainsi, le jeune Sebastien Kurz (31 ans) pourrait devenir très prochainement le plus jeune dirigeant d’Europe.

Il ne lui reste plus qu’à former une alliance gouvernementale dans les jours qui viennent.

Le pire est à craindre, puisque les récentes positions et déclarations de l’ÖVP laissent présager une très probable alliance avec les forces d’extrême droite. Pendant la campagne électorale, le Parti conservateur a affiché des orientations politiques très proches de celles du FPÖ, celui-ci allant même jusqu’à dénoncer un “plagiat” de son programme.

Par ailleurs, Sebastien Kurz a promis le changement, laissant sous-entendre qu’il mettrait fin aux longues années de coalition entre les sociaux-démocrates et les conservateurs.

Le fascisme aux portes du pouvoir

Il faut dire que depuis les années 1990, le renouvellement de la communication du FPÖ porte ses fruits, puisque le parti d’extrême droite progresse à chaque élection nationale. Pourtant tout est à craindre de cette force politique !

L’actuel dirigeant de ce repaire d’anciens nazis, Heinz-Christian Strache, est l’héritier direct de Jörg Haider, défenseur de la politique d’emploi du 3e Reich qui s’était illustré par de nombreuses déclarations scandaleuses. Colportant des idées haineuses et xénophobes, se positionnant radicalement contre l’accueil des réfugiés, le FPÖ représente actuellement un grave danger pour les droits fondamentaux et les libertés du peuple autrichien.

D’autant plus que le FPÖ ne cache pas sa volonté de se rapprocher des gouvernements les plus conservateurs et xénophobes d’Europe, tels que la Hongrie et la Pologne.

Les flux migratoires au coeur du débat

Petit pays de 8,7 millions d’habitants, l’Autriche est l’un des pays d’Europe à avoir accueilli le plus de réfugiés au regard de sa population en deux ans (1.5%, soit plus de 130 000 personnes).

À sa frontière avec l’Italie, les autorités sont confrontées à l’affluence de plusieurs milliers de migrants chaque mois, qui voyagent dans des conditions dramatiques (trains de marchandises, camions, …), au péril de leur vie.

Par ailleurs, l’Autriche est également le pays qui accueille le plus de travailleurs détachés issus d’Europe de l’Est et du Centre, ce qui pèse en partie sur le taux de chômage élevé des travailleurs peu qualifiés (13.8%), même s’ils exercent aussi les emplois dont les Autrichiens ne veulent pas.

Contrairement aux idées véhiculées par la droite, les indicateurs économiques et sociaux sont au vert. Depuis le début de la “crise migratoire” au début de notre décennie, le pays connaît une croissance démographique exceptionnelle, supérieure à 1%. Le PIB par habitant, proche de 45.000 euros, est bien supérieur à la moyenne européenne. La croissance économique du pays devrait avoisiner les 2,5% à la fin de l’année.

La politique migratoire autrichienne est pourtant l’une des plus dures en Europe. Depuis 2016, les réfugiés syriens, afghans et irakiens ont un permis de séjour limité dans le temps, puisqu’au bout de 3 ans, leur situation est ré-examinée en fonction de l’évolution de la situation dans leur pays d’origine. De plus, le regroupement familial est fortement freiné, et les résidents étrangers sont discriminés sur le plan social.

Derrière les réfugiés, la misère et la guerre

Si ces mesures politiques, ainsi que les propos tenus par la droite autrichienne, sont fortement teintées de xénophobie et doivent être dénoncées, de grandes inquiétudes demeurent.

L’ampleur du trafic d’êtres humains à l’oeuvre, d’une part: la “crise migratoire” est une véritable aubaine pour les passeurs, qui n’ont aucune considération pour les vies qu’ils ont entre les mains, et qui agissent en toute impunité.

L’origine de ces flux migratoires, d’autre part, à savoir la guerre, l’accaparement des richesses et les phénomènes climatiques d’origine humaine, qui déstabilisent de très nombreux pays.

L’enjeu de l’accueil des réfugiés est devenu une ligne de fracture majeure au sein de l’Union Européenne comme au sein des états membres. L’accueil est aujourd’hui une nécessité pour des gens qui ont tout perdu et sont dans un tel état de dénuement qu’ils risquent la mort pour s’enfuir.

La montée de forces politiques réactionnaires est le résultat direct de politiques qui ont creusé les inégalités. Aujourd’hui ces mêmes forces reprennent les idées xénophobes, qu’elles ont contribué à faire émerger, pour se faire élire et continuer ces mêmes politiques.