CNR climat. Misère de la concertation, concertation de misère

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Au premier jour de la nouvelle mandature, les député-es ont été accueilli-es devant l’Assemblée nationale par l’École du climat. 35 scientifiques étaient à leur disposition pour des formations express sur les enjeux climatiques. Vendredi 21 octobre, à La Recyclerie (Paris 18e), le Conseil national de la refondation version « climat et biodiversité » était lancé. Ses travaux doivent débuter à la mi-novembre. 

Ce « CNR » version Macron a pour principes « dialogue sincère et souci de travailler collectivement et en responsabilité à l’atteinte de nos objectifs ». 

Alors que les parlementaires se sont vu-es opposer pas moins de quatre fois l’article 49-3 de la Constitution pour sabrer leur travail, assurément dans le même esprit de « dialogue sincère », de sérieux doutes peuvent être émis sur la méthode retenue par le gouvernement en matière climatique.

Brouhaha général

Comment qualifier la doctrine Macron en matière de lutte contre le dérèglement climatique et de politique énergétique ? 

Est-ce le même Emmanuel Macron qui, un mois après sa première élection, a voulu asseoir sa stature internationale en scandant « Make our planet great again », invitant les scientifiques états-uniens à rejoindre la France (et sa recherche publique asphyxiée) ? 

Est-ce celui qui a lancé la Conférence citoyenne sur le Climat, expérience inédite de concertation citoyenne, d’apprentissage collectif scientifique et démocratique ? Ou celui qui en a ignoré les propositions ? 

Le Macron de 2020 qui a fermé les deux réacteurs de Fessenheim ? Ou le Macron de 2021 prônant la filière nucléaire et le développement de petits réacteurs modulaires (SMR), principalement pour l’export ? Ou encore le Macron de 2022 qui annonce un plan de relance du nucléaire le 22 octobre 2022, au lendemain de l’ouverture du CNR « Climat Biodiversité » qui n’est pas doté d’atelier sur les énergies ?

La méthode comme la ligne politique sont bien difficiles à suivre. Alors que les effets du dérèglement climatique se font déjà ressentir, « l’esprit de responsabilité » exige la fixation d’un cap clair.

L’accélération comme leitmotiv

Dans le dossier de presse présenté par le ministre de la transition écologique, Christophe Béchu, et la ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, les priorités pour la transition énergétique sont exposées. 

Relance du nucléaire, accélération du déploiement des énergies renouvelables (50 parcs éoliens, puissance solaire x10), neutralité carbone pour 2050, 100 % d’électrique dans la production de véhicules en France, refonte du marché européen de l’énergie… Des objectifs clairs sont énoncés, auxquels on pourrait presque souscrire. 

Le premier projet de loi présenté par la ministre, portant sur l’accélération des énergies renouvelables, a été adopté en première lecture par le Sénat le 5 novembre. Le groupe communiste s’est abstenu en raison de son opposition aux contrats de vente directe d’électricité aux consommateurs finaux, principalement des entreprises. 

Un autre projet de loi, sur l’accélération des procédures pour l’installation de centrales nucléaires, en parallèle, a été présenté en Conseil des ministres le 2 novembre. 

En substance, ce projet vise à lever certains obstacles administratifs, pour que la construction soit lancée avant que toutes les autorisations aient été obtenues. Cette nouvelle attaque de la Macronie aux autorisations environnementales, après le décret de mars 2018 les limitant à la création des Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), interroge. 

De plus, le Conseil d’État relève dans son avis que la procédure de participation du public est insuffisante. Or, dans le même temps, une consultation sur le nucléaire a été lancée sur le site concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr qui annonce également un « Forum des jeunesses » au mois de janvier.

Vite, très vite… dans le mur ?

La tentative du gouvernement Borne d’articuler rapidité d’action et consultation donne lieu à une multiplication de projets, d’instances délibératives, au même moment où le Parlement est muselé. 

Si l’urgence climatique exige une mise en œuvre rapide de mesures ambitieuses, il est important de convaincre pour une efficacité durable des mesures. Or les errements de LREM créent plus de confusion que de respect. 

Consultation partout, démocratie nulle part ? En tout cas, la grande absente, c’est encore la démocratisation des entreprises, en particulier chez EDF, Enedis et RTE. La parole des travailleur-ses est essentielle pour une vraie « refondation » de la souveraineté énergétique de la France.