Des emplois-jeunes dans le programme de la Nupes ?

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Ce n’est pas la meilleure idée de la Nupes que l’on trouve au milieu de mesures intéressantes pour les jeunes. À rebours des luttes décennales de la jeunesse pour entrer dans le droit commun, le programme de la Nupes propose une politique « d’“emploi jeune” d’une durée de cinq ans, dans le secteur non marchand et public ».

Pourtant, de nombreux points du programme vont dans le sens de revendications portées par les organisations de jeunesse depuis plusieurs années. C’est le cas de « l’allocation d’autonomie », proche du revenu étudiant de l’Union des étudiants communistes. On peut citer aussi la fin de la sélection à l’université, l’abrogation des réformes Blanquer, le prérecrutement au métier d’enseignant ou la gratuité des transports publics.

Des mesures pour les jeunes, mais pas de réel projet

Certes, le projet « jeunesse » de la Nupes n’est pas aussi ambitieux que celui de Fabien Roussel. Il a quand même le mérite d’exister quand Renaissance (ex-LREM), la droite et l’extrême droite ne proposent aucune politique cohérente à destination des jeunes. Le gouvernement d’Élisabeth Borne fait même l’économie de ministère de la Jeunesse

Tout de même, le candidat communiste à l’élection présidentielle proposait entre autres la fin des contrats précaires ; l’interdiction des rémunérations en dessous du SMIC pour les stagiaires, apprentis et alternants ; la sécurisation de l’emploi et de la formation, ou encore des formations rémunérées couplées à des embauches dans les services publics. Le député du Nord voulait aussi inclure les années d’études dans le calcul de la retraite, pour partir réellement à 60 ans à taux plein. Cette proposition n’apparaît plus chez la Nupes.

Même si la Nupes promet des avancées sociales importantes pour les jeunes, la présence d’une proposition d’emploi-jeune a de quoi faire bondir les organisations de jeunesse.

« Des emplois jeunes à durée limitée »

Lors des négociations autour du programme de la Nupes, les communistes ont tenu à préciser leur opposition aux emplois-jeunes. Contrairement aux autres forces qui soutiennent ce dispositif, le Parti communiste français a travaillé son programme avec une organisation de jeunesse riche de batailles décennales contre la précarisation des jeunes. En effet, le Mouvement jeunes communistes de France s’oppose depuis sa lointaine fondation aux dispositifs moins-disant pour les jeunes qui les sortent du droit commun. 

C’est le fil rouge du MJCF : du combat d’après-guerre « à travail égal, salaire égal », à l’opposition au Contrat d’engagement jeunes, en passant par la lutte contre les Travaux d’utilité collective (TUC), le Contrat première embauche (CPE) ou les rémunérations inférieures au SMIC et autres exonérations de cotisations patronales. Voilà 45 ans que l’organisation de jeunesse communiste structure des mobilisations contre les emplois-jeunes (depuis 1977).

Ainsi, la mention d’emploi-jeune dans le programme a constitué un réel point de blocage pour le PCF. « Le Parti communiste français ne soutiendra pas la création d’emplois jeunes à durée limitée », peut-on lire dans les points « soumis à la sagesse de l’Assemblée nationale ». Pour les communistes, l’enjeu est au contraire de normaliser le contrat à durée indéterminée (CDI) et la titularisation, afin de sortir les jeunes de leur place précaire dans l’emploi.

On peut légitimement craindre qu’un emploi-jeune d’une durée de cinq ans dans le privé et le public devienne la norme d’entrée des jeunes sur le marché du travail, aggravant de fait le taux d’emploi temporaire chez les jeunes.

Qu’en conclure ?

Pour Léon Deffontaines, qui s’est offusqué sur ce point dans les négociations, « cela montre que les organisations de jeunesse doivent continuer de porter les revendications des jeunes en matière de sécurisation des parcours de vie ». « Je soutiens néanmoins le programme de la Nupes, car il apporte des avancées immédiates et significatives pour la situation des jeunes », nuance-t-il. « La Nupes soulève un formidable espoir pour la jeunesse, et de toute façon, nous pourrons compter sur les élus communistes qui sauront porter une réelle sécurisation de la jeunesse ».

En pesant nos mots, on peut quand même prétendre qu’une telle mesure d’emploi-jeune soulèverait bien des déceptions et des mécontentements si elle venait à être réellement portée à l’Assemblée nationale. Comme depuis bientôt un demi-siècle, fort est à parier que les jeunes se mobiliseraient contre un dispositif les discriminant dans l’emploi.