festival-de-cannes-temps-forts-tres-politiquesLola Sudreau | Avant Garde
CULTURE

Festival de Cannes : des temps forts très politiques

Du 8 au 19 mai s’est tenue la 71ème édition du Festival de Cannes, plus grand festival de cinéma au monde. Ce dernier s’accompagne traditionnellement de la fameuse “montée des marches” qui précède les projections de gala des films présentés. Au-delà des films sélectionnés, c’est le tapis rouge qui a pris une tournure politique.

9 mai

C’est le premier jour de compétition, l’équipe du film Leto (l’été) du réalisateur russe Kirill Serebrennikov foule les marches du palais des festivals, mais son réalisateur est absent. Il est assigné à résidence à Moscou et ne peut donc se rendre à Cannes pour présenter son film. Sur les marches, ses acteurs et producteurs, ainsi que Thierry Frémaux délégué général du Festival brandissent une pancarte avec le nom de Kirill Serebrennikov en signe de protestation. Son siège restera vide dans le grand théâtre lumière  pour la projection ainsi que pour la conférence de presse.

Dans la section “Un certain regard”, le film de la réalisatrice Kényane Wanuri Kahui marque un temps fort. Si “Rafiki” peut être projeté à Cannes, il est interdit au Kenya car la réalisatrice ferait “la promotion de l’homosexualité”. En effet, dans Rafiki, Wanuri Kahui raconte une histoire d’amour interdite entre deux jeunes filles. Sa réalisatrice risque quatorze ans de prison pour “promotion du lesbiannisme” à son retour de Cannes. Il est également intéressant de noter que Rafiki est le premier film kényan présenté en 71 ans de Festival de Cannes.

12 mai

On en parle comme une journée historique du Festival de Cannes. 82 femmes de cinéma montent le tapis rouge pour interpeller leur gouvernement sur l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. 82 c’est un chiffre symbolique puisque seulement 82 films réalisés par des femmes ont été retenus en compétition officielle contre 1 688 réalisés par des hommes. Une seule femme a obtenu une palme d’or en 71 éditions du festival de Cannes.  

Sur les marches, la réalisatrice Agnès Varda a déclaré: “Nous mettons au défi nos gouvernements et nos pouvoirs publics pour appliquer les lois sur l’égalité salariale”, suivie de Cate Blanchett, présidente du jury cette année :

“Nous mettons au défi nos institutions pour organiser activement la parité et la transparence dans les instances de décision. (…) Nous demandons l’équité et la réelle diversité dans nos environnements professionnels”.

Cette montée des marches a précédé la projection du film d’Eva Husson “Les filles du soleil” qui raconte, à travers une reporter de guerre blessée à l’oeil, la vie des combattants kurdes qui se battent pour récupérer leur village. Les filles du soleil était le premier film réalisé par une femme qui entrait en compétition sur les trois sélectionnés cette année.

Après Kirill Serebrennikov c’est Jafar Panahi, réalisateur iranien de Se rokh (3 faces) présenté en compétition qui est assigné en résidence dans son pays. Interdit de tourner en Iran, Panahi trouve toujours des moyens astucieux pour réaliser ses films. En 2015, avec Taxi Téhéran, Panahi dressait le portrait d’une société iranienne au travers d’un film exclusivement filmé à la go pro dans un taxi. Dans Se Rokh, les acteurs jouent leur propre rôle et présentent trois générations d’actrices en Iran. Intelligemment filmé et assez optimiste le film remporte le prix du scénario lors de la cérémonie de clotûre.

16 mai

L’actrice libanaise Manal Issa, brandit lors de la montée des marches du film “Mon tissu préféré” de Gaya Jiji présenté dans la catégorie un certain regard, une pancarte avec inscrit “Stop Attack On Gaza” suite au massacre le 14 mai où 55 palestinien·ne·s ont été bléssé·e·s et tué·e·s par les balles israéliennes.

“Noire n’est pas mon métier”, c’est les revendications portées par 16 actrices françaises qui ont décidé de monter les marches ensemble pour contrer les préjugés racistes qu’il peut y avoir dans le cinéma, mais aussi pour dénoncer la sous-représentation des personnes noires dans le cinéma. Emmené par Aïssa Maïga, la comédienne à l’origine du livre collectif Noire n’est pas mon métier, les actrices ont été accueillies en haut des marches par la chanteuse burundaise Khadja Nin, membre du jury de la 71e édition.

17 mai

La montée des marches de “Libre” de Michel Toesca, qui suit Cédric Herou condamné pour être venu en aide au réfugié·e·s. Le film était présenté hors-compétition et s’est vu accompagné lors de sa montée des marches de réfugié·e·s comme un signe politique fort. La présence de Cédric Hérou sur le tapis rouge était aussi importante, en effet ce dernier a été condamné à 8 mois de prison avec sursi pour avoir aidé des réfugié·e·s.