Loi pouvoir d’achat : « un chantage vicieux »

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Le mois dernier était débattue à l’Assemblée nationale et au Sénat la « loi pour la protection du pouvoir d’achat » du gouvernement Borne. 

Une loi attendue, puisque présentée dès le 7 juin en Conseil des ministres comme la première grande loi du second quinquennat Macron. Attendue également alors que le pouvoir d’achat demeure la préoccupation majeure des Françaises et des Français. Attendue, mais sans enthousiasme ni espérance tant le gouvernement s’évertue à vouloir panser une jambe de bois sans s’attaquer aux profits, et sans mesures significatives en direction des salariés. 

Comme disait l’autre, on ne s’attendait à rien, mais on est quand même déçus ! Pourtant, des propositions fortes ont été mises au débat, mais le refus de tout compromis et la volonté de blocage de la part du gouvernement n’ont pas permis l’adoption d’un texte pouvant faire face à cette situation de crise.

Une inflation record

Il n’est jamais mauvais de se répéter sur ce genre de choses. La situation est chaotique et ne va pas en s’arrangeant pour les Français, à commencer par les classes populaires. Loin de tout misérabilisme, la réalité est pourtant là. Les salariés, de première ligne notamment, n’arrivent plus à joindre les deux bouts et à vivre dignement de leur travail. L’inflation atteint les 6 %, sans même parler des dépenses contraintes qui augmentent au fil des ans (transport, énergie, téléphonie, assurance, logement — qui représente le premier poste de dépense des jeunes — etc.).

La nécessaire augmentation générale des salaires se fait voir depuis des années, aujourd’hui la situation est belle et bien critique pour une large partie de la population. Comment définir autrement un contexte où le dilemme est de remplir l’assiette convenablement, faire le plein du réservoir pour aller travailler ou sortir en famille ? 

Les députés communistes n’ont pas manqué de signaler l’empressement avec lequel le gouvernement a, il y a 5 ans, supprimé l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et mis un coup sévère aux APL, car la « France se portait bien ».

Comment le gouvernement compte « protéger le pouvoir d’achat des Français »

Le projet de loi gouvernemental présenté au Parlement contenait notamment le prolongement jusque fin août de la « remise   carburant » de 18 centimes à la pompe, avant de passer à 12 centimes, puis 6 et enfin disparaître pour Noël. Il contenait également une revalorisation des pensions de retraite et de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) de 4 %, ce qui reste bien en dessous du seuil de l’inflation, tout comme le dégel du point d’indice des fonctionnaires, avec l’augmentation de 3,5 %. 

Aussi, le projet de loi prévoyait le plafonnement de l’augmentation des loyers à 3,5 %. Il ne faudrait pas oublier la suppression de la redevance télé, soit 3 milliards d’euros de perte pour l’audiovisuel public que l’État compte compenser, à n’en pas douter par la TVA pour partie. Le premier constat fait par les députés communistes, c’est que « face aux prix qui font mal aux vies sont présentées des mesures en trompe-l’œil sur les pensions de retraite et sur le point d’indice des fonctionnaires, gelé depuis de trop nombreuses années. »

Ça coince à l’Assemblée

Dans ce contexte, les débats à l’Assemblée nationale auraient pu passer pour prometteurs tant l’ensemble des bancs de l’hémicycle se disent « préoccupés par le pouvoir d’achat des Français ». Pourtant, la majorité dite du « compromis » n’est en réalité qu’une majorité compromettante pour le portefeuille des citoyens. 

La majorité a opposé un refus total à une discussion constructive sur les salaires, sur des mesures structurelles en matière d’énergie — comme le blocage des prix, la baisse des taxes et la mise à contribution des grands mangeurs comme Total et Engie. 

Les oppositions, à commencer par les communistes et le groupe GDR, ont pourtant fait preuve d’audace et ont joué leur rôle de faire des propositions dans la défense et l’intérêt des travailleurs. Face aux augmentations de salaire partout revendiquées, par les salariés, par leurs syndicats, le gouvernement et la majorité s’évertuent à prôner les primes, avec une croyance naïve en la main invisible du marché. Nous avons déjà produit un article sur cette question spécifique des primes et des salaires.

Profits, on ne vous touchera pas ! 

Dans les discussions sur le pouvoir d’achat, il ne faudrait pas oublier le « deuxième volet » des débats, cette fois lié au Projet de Loi de Finances rectificatives 2022 (PLFR). Suivant la même trajectoire que la loi dite pouvoir d’achat, le PLFR illustre à merveille la volonté délibérée de cette majorité élargie à la droite de détricoter d’une part les services publics et d’autre part les droits sociaux et la protection des salariés. 

Nouvellement élu à l’Assemblée nationale, le pas-de-calaisien Jean-Marc Tellier a dénoncé avec force le projet politique du gouvernement :

« Refusant de contraindre les entreprises à augmenter les salaires, seule solution pour répondre efficacement à la poussée inflationniste, l’État se substitue donc à ces dernières, en accordant baisses d’impôts, défiscalisation, suppression des cotisations sociales. Il en résulte pour l’État une perte de recettes qui alimentera le déficit public ou, plus vraisemblablement, permettra de justifier de nouvelles coupes dans les dépenses. »

Ce PLFR est symptomatique des choix du gouvernement, protégeant délibérément le grand patronat. Incohérence politique certainement, mais incohérence budgétaire également ! Par cette politique, ce sont les budgets de l’État et de la sécurité sociale qui sont affaiblis. Pour preuve, la hausse du plafond de défiscalisation des heures supplémentaires et la monétisation des RTT, en somme, le subventionnement du travail par l’État en lieu et place des entreprises.

Travailler plus sans gagner plus

La désillusion a pris le pas sur l’espérance pour nombre de Français. En plus d’être un fourre-tout ne correspondant en rien au « projet de loi exceptionnel » promis par le gouvernement, celui-ci fait office d’affichage et de trompe-l’œil. 

Le pouvoir d’achat des salariés est sacrifié sur l’autel de « l’abaissement du coût du travail » et la majorité affirme sa volonté de ne pas changer de cap : faire de la France un pays de précaires, un pays de bas salaires, faire de notre pays un « nouveau champion du travail qui ne coûte pas cher » selon le député Pierre Dharréville. 

La majorité affirme sa vision des choses : ce ne sont pas les profits, les dividendes et la spéculation — notamment en temps de guerre — qui favorisent l’inflation ; non, ce serait le travail, les ouvriers, les employés.

Il est tout de même à noter la déconjugalisation de l’AAH, consentie par la majorité qui s’était pourtant battu bec et ongle contre celle-ci lorsque les députés communistes la proposaient lors du quinquennat précédent.

« Dans une période de crise du pouvoir d’achat, et par un chantage vicieux, ces mesures inciteront les salariés à travailler davantage, non pas pour gagner plus, mais tout juste pour garder la tête hors de l’eau. Les mesures antisociales sont devenues votre marque de fabrique, une caractéristique politique grâce à laquelle vous avez réussi le coup parfait : faire travailler encore plus les Français, sans augmenter les salaires. Ajoutons à cela l’absence de toute mesure en faveur des jeunes et des étudiants, qui continuent de faire la queue dans les banques alimentaires et que vous semblez avoir abandonnés. », a conclu le député Jean-Marc Tellier.