Témoignage. Interpellation politique de trois militants communistes dans le 18ᵉ arrondissement de Paris 

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Témoignage. Interpellation politique de trois militants communistes dans le 18ᵉ arrondissement de Paris 

Trois militants de la Fédération de Paris du Mouvement jeunes communistes de France, parmi lesquels moi-même, avons été interpellés dans la soirée du jeudi 30 novembre, alors que nous organisions un collage dans le 18ᵉ arrondissement de la capitale. 

Le motif invoqué dans le cadre de cette interpellation, qui a duré une quarantaine de minutes, n’a été autre que la simple possession d’affiches revendiquant la création d’un État palestinien et la libération de Marwan Barghouti. Ainsi, les consignes qui ont été données à la police sont celles de l’application de ce qui relèverait être un véritable délit d’opinion.

Retour sur l’interpellation politique de militants communistes le 30 novembre à Paris, et regard plus large son inscription dans le cadre de l’explosion de la répression politique en France.

La question palestinienne ciblée par l’interpellation policière 

La Fédération de Paris du MJCF avait prévu d’organiser un collage dans le 18ᵉ arrondissement de Paris au soir du jeudi 30 novembre 2023. Alors que nous sortions à peine du local, deux militantes et moi, nous avons aperçu une voiture banalisée se garer juste en face de nous, de laquelle cinq agents de police sont descendus afin de venir à notre rencontre.

L’une des agents, qui semblait être leur “cheffe”, s’est empressée de prendre l’affiche que je tenais dans mes mains. Elle s’est alors exclamée en lisant “La France doit reconnaitre l’État palestinien” et le répéta dans son talkie-walkie. Elle décrivit l’affiche dans sa radio, en expliquant bien que les couleurs du drapeau palestinien y étaient visibles.

Elle s’écria ensuite dans son talkie-walkie : “Il y en a aussi une “Marwan, je crie ton nom” avec un type menotté dessus.” Elle ne manqua pas de préciser par la même occasion qu’il était inscrit en bas de l’affiche “Campagne internationale de libération de tous les prisonniers politiques palestiniens”.

Pendant ce temps, ses collègues relevèrent nos identités, vérifièrent nos casiers judiciaires et prirent des photos de nos affiches, en n’oubliant pas, évidemment, de nous prendre de haut et de nous tutoyer.

La “cheffe” se tourna ensuite vers moi, et me demanda si je savais que c’était interdit “ça”, en me tendant l’affiche sous le nez. Je lui ai alors demandé si elle faisait référence au collage, ou plus spécifiquement à la question palestinienne. Aucune réponse.

Finalement, au bout d’une quarantaine de minutes et avec consignes à l’appui, la police décida de confisquer nos affiches “La France doit reconnaitre l’État palestinien” et “Marwan, je crie ton nom”. Seules celles-ci ont été saisies, contrairement à d’autres affiches traitant d’autres sujets qu’ils ne nous ont pas soustraites.

Alarmé par la situation, j’ai questionné la “cheffe” sur la nature de l’interpellation et sur le ciblage du matériel en lien avec la Palestine, alors qu’elle était sur le départ. Réponse : “On a des ordres.” Puis ils sont remontés dans leur véhicule et s’en sont allés.

Un véritable délit d’opinion

Cette interpellation est loin d’être anodine, et relève d’une véritable censure politique. C’est la mise en avant d’opinions qui a été ciblée par les forces de l’ordre. Opinions, soit dit en passant, partagées par les Nations unies et historiquement par la France, même réaffirmées récemment, bien que mollement, par Emmanuel Macron à Ramallah : “Pas de paix sans une terre pour les Palestiniens”.

L’incident est d’autant plus grave qu’il ne semble pas relever du simple zèle des policiers en question. Ceux-là attendaient des consignes qui leur ont été données par radio. D’où venaient ces ordres ? Commissariat, mairie, préfecture, procureur ? Nous n’en savons rien pour l’instant.

Rappelons, de plus, que ces évènements ont eu lieu la veille d’une manifestation fasciste, autorisée, place de la Sorbonne, au cours de laquelle des militants d’extrême droite ont proféré des saluts nazis en face du Panthéon, où reposent Hugo, Jaurès et Jean Moulin. Triste France…

La récente montée en puissance de la répression politique et syndicale en France

Dans la foulée des événements, la Fédération de Paris du MJCF a publié un communiqué sur les réseaux sociaux titré “Palestine/Israël Stop à la répression des militant.e.s pour la paix – Interpellation et saisie du matériel de trois militant.e.s des Jeunes Communistes pour motif politique”.

L’interpellation de trois militants communistes ce jeudi 30 novembre 2023 entre pleinement dans un contexte de crise, où chaque voix pour la paix, la libération des otages israéliens comme celle des prisonniers politiques palestiniens, et contre la colonisation, est bâillonnée par la classe dominante et sa doxa belliqueuse. En octobre, deux syndicalistes de la CGT du Nord avaient été arrêtés pour “apologie du terrorisme” à cause d’un tract de soutien à la Palestine.

Plus généralement, la répression politique, qu’elle soit à l’origine du gouvernement ou du patronat, n’a cessé de s’intensifier en France au cours de ces dernières années, de ces derniers mois. Cet été déjà, trois jeunes militants du MJCF avaient été exclus de leur lycée à Tulle, en Corrèze, pour s’être impliqués dans un mouvement de soutien aux assistants d’éducation.

Nous nous rappelons également la convocation judiciaire, en septembre, de Sébastien Menesplier, Secrétaire général de la Fédération mines et énergies de la CGT, pour avoir activement participé aux grèves face à la réforme des retraites. Cette semaine, ce sont deux autres syndicalistes de la CGT : Myriam Lebkiri, membre du bureau confédéral du syndicat, et Marc Roudet, membre de la commission exécutive de l’Union départementale du Val-d’Oise, qui sont convoqués pour la même raison. Un rassemblement de soutien est prévu ce vendredi 8 décembre, à 9h, devant la gendarmerie de Pontoise.

https://www.cgt.fr/comm-de-presse/nouvelle-convocation-la-gendarmerie-dune-dirigeante-confederale-halte-la-repression-syndicale

Cette répression administrative et judiciaire va également de pair avec l’usage quasi-systématique de la violence policière des manifestations. La classe dominante souhaite effrayer quiconque oserait se lever face à son vieux monde et sa logique dépassée.


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