Apprentissage : pourquoi le gouvernement baisse-t-il les dotations ?

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Le 1er septembre, le gouvernement prévoit de baisser les dotations des Centres de Formation des Apprentis (CFA) d’en moyenne 10 % (en deux fois). 

Selon la Macronie, cette baisse est en vérité une régulation destinée à réduire l’écart entre ces dotations et le coût réel des formations. Ainsi, la baisse ne s’applique pas avec la même vigueur sur tous les parcours. 

Elle pourrait même atteindre 30 à 40 % pour la formation aux métiers de la maçonnerie ou d’aide-soignant. Hérésie quand on connaît les difficultés actuelles pour embaucher une personne aide-soignante. On sait que le secteur du gros œuvre (comprenant la maçonnerie) sera impacté par les mêmes problèmes de recrutement à l’horizon 2030, selon la DARES. Idem pour la restauration, les métiers de l’informatique ou de l’industrie chimique. 

La diminution des dotations est d’autant plus incompréhensible eu égard de la volonté encore affichée début août en faveur de l’apprentissage par la voix de Gabriel Attal qui a annoncé que le gouvernement souhaite atteindre 1 million d’apprentis à la fin du quinquennat. 

L’argent public pour payer les salaires à la place du patron

En 2020, un dispositif de soutien à l’apprentissage était mis en place. Ce dispositif consiste en une aide exceptionnelle de 5 000 €, pour un mineur, et 8 000 € pour un majeur, versé en plusieurs fois (chaque mois), à un employeur qui embauche un apprenti en première année. 

Cette largesse avantage l’employeur d’un apprenti qui, déjà, ne paie pas ou peu de cotisations sociales et perçoit déjà des aides financières (notamment du CFA) pour le paiement du salaire de l’apprenti, qui a le statut de travailleur. Ainsi, faire travailler un apprenti ne “coûte” quasi rien au patron.

Le mouvement du gouvernement est double, il facilite d’abord l’embauche d’apprentis par le secteur privé en octroyant aides financières et exonérations en tout genre. Parallèlement, il baisse son implication budgétaire dans les Centres de Formation des Apprentis. Le message est clair : patrons, la place est libre, prenez-la ! 

Visiblement, le gouvernement pense que l’argent public est mieux orienté vers la rentabilité des entreprises que vers la formation des apprentis.

L’importance des financements publics

Car oui, le financement des CFA est un enjeu : de ça dépend son contrôle, de son contrôle dépend l’orientation des formations. Aujourd’hui les financements des CFA sont publics d’une part (état et région) et privé via les opérateurs de compétence (OPCO) qui sont liés aux branches professionnelles et qui, depuis 2019, peuvent influer sur le coût des formations et donc sur ce que vont apprendre les jeunes qui fréquentent les CFA. 

De plus, les CFA n’ont pas qu’un rôle de transmission du savoir, ils doivent contrôler et veiller au bon déroulement de l’apprentissage en entreprise. Il est important de noter que, certes, l’apprenti est un travailleur, qu’à ce titre, il perçoit un salaire (à partir de 25 % du SMIC pour une première année d’apprentissage à 16 ans), mais il n’est pas considéré seulement comme un producteur de richesses. 

Moins de sécurité pour les apprentis ?

L’apprenti dispose d’une carte étudiante et est payé lors de sa semaine mensuelle au CFA, car son statut est entre l’étudiant et le travailleur. À ce titre, les exigences de l’employeur vis-à-vis de son apprenti ne peuvent pas être les mêmes que pour les autres salariés ! Or, il n’en est rien, les dérives sont nombreuses, il n’est pas rare qu’un jeune de 16 ans ne finisse pas sa période d’essai (de 2 mois), car jugé pas assez productif… 

La baisse des moyens alloués par l’État aux CFA risque de rendre les contrôles d’entreprise encore plus inexistants qu’ils ne l’étaient jusqu’alors.